Festival du Film de Deauville (2003)

Deauville2003
Les éditions précédentes de ce tout jeune festival ayant couronné une série de films coréens (Sur la trace du serpent, JSA, Failan) on se demandait en plaisantant si la faiblesse de la sélection coréenne cette année n’était pas calculée. En réalité, Deauville souffrait à une échelle plus restreinte des mêmes soucis que Pusan, Turning Gate, Oasis ou encore l’étrange Sympathy for mister vengeance ayant déjà été montrés à Paris, ils ne pouvaient pousser jusqu’en Normandie (les cahiers des charges sont souvent truffés de ce genre d’absurdité). Ivre de femme et de peinture était déjà sorti. On ne retient cette année que le premier film du scénariste Hyun Nam-sup (Hyôn Namsôp) Saving my hubby, une bonne comédie rythmée comme un Tex Avery qui raconte la folle nuit d’une femme à la recherche de son mari dans les bars de Séoul. Sans ré-inventer la comédie coréenne hystérique très en vogue depuis My sassy girl, le réalisateur réussit à y glisser un message féministe convaincant (pour une fois il n’y a pas de concession et d’excuses à la fin) et hisse ce film au-dessus des bouffonneries habituelles. Mais la principale qualité du film réside dans l’interprétation de Bae Doo-na (Bae Tuna), l’actrice coréenne la plus créative du moment. Loin des beautés plastiques habituelles, elle sait utiliser son visage de dessin animé et impose un jeu et un charme sophistiqués tout à fait particulier. Sa filmographie est en outre d’une cohérence et d’une rigueur exceptionnelle dans un pays où les comédiennes se laissent souvent guider paresseusement.

Moins convaincant, Plastic Tree n’est pas pour autant sans qualités. Ce triangle amoureux dans un salon de coiffure, dégage par moments une poésie désolée et le beau personnage féminin bien campé par Cho Eun-sook (Cho Ûnsuk) parvient à rendre l’ensemble attachant. Cependant, des grosses maladresses dans la réalisation, une musique originale sur-utilisée de Francis Laï et surtout des références esthétiques trop écrasantes figent un peu le film, qui ne décolle que dans des passages trop brefs. La projection de Mari Iyagi, le film d’animation primé à Annecy de Lee Sung-Gang avait des airs d’avant-première (sortie nationale le 28 mai). Moins brillant que le japonais Hayao Myazaki dans les séquences oniriques, le film qui s’ouvre sur un splendide vol plané au-dessus de Séoul offrait un beau portrait d’adolescent et une émouvante histoire d’amitié. Le trait singulier de Lee se distingue du « style manga » habituel, plus sensuel, plus naturaliste.
La plupart des festivaliers sont passés à côté du film le plus étonnant du festival. Déniché, par le fouineur de l’Orient Jeremy Séguier qui effectuait une sortie en beauté (il a depuis rejoint la « Quinzaine des réalisateurs » à Cannes), The game of their lives est un documentaire du journaliste britannique Daniel Gordon. En 2002, Gordon est parti retrouver les héros de la coupe du monde de football de… 1968 en Angleterre. Le film raconte une aventure extraordinaire, celle de ces onze joueurs parfaitement inconnus débarquant de Pyongyang pour affronter les équipes les plus prestigieuses de la planète. Séduisant les habitants de la petite ville de Middlesborough qui les accueillaient. Trois mille d’entre eux firent le même le déplacement pour les encourager, s’improvisant supporter. Après avoir battu l’Italie, les joueurs se hissèrent jusqu’au quart de finales et vécurent le « match de leur vie » face au Portugal sous les acclamations du Goodison Park.. Plus de trente ans plus tard, neuf d’entre eux sont encore en vie. Le cerveau est lavé, réduit en bouillie par des années de propagande, le corps a vieilli mais il reste au fond des yeux la flamme des grands champions et dans la mémoire le souvenir d’une partie mythique.

par Adrien GOMBEAUD

Le CRIC, centre de recherches internationales sur les Corées, est l’éditeur de la revue tan’gun (site et papier). Ce centre de recherches est une association de loi 1901 à but non lucratif, tournée entièrement vers l’étude des trois Corées et le développement des moyens de cette étude, en particulier les voyages.

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