Festival International du Film à Busan (2002)

UNE SÉLECTION TROP LARGE SAUVÉE PAR OSHIMA ET KIM SUYÔNG

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La présence à Busan cette année des sélectionneurs de Berlin, Cannes et Venise nous rappelait que le grand festival coréen est paradoxalement le premier à souffrir de l’engouement récent pour le cinéma coréen. En effet, les meilleurs films de Corée concourent maintenant dans les trois plus prestigieuses manifestations internationales, privant Pusan de l’exclusivité des productions nationales. Les plus beaux films du festival, Turning Gate de Hong Sang-soo, Oasis de Lee Chang-dong (Yi Ch’angdong)- sortie française prévue en novembre, Ivre de Femmes et de peinture d’Im Kwon-taek (Im Kwônt’aek) avaient déjà été montrés, parfois primés et même achetés, ailleurs. Du coup Pusan joua la carte du nombre, n’offrant pas une sélection mais un panorama quasi exhaustif de l’année écoulée. En quinze jours, soixante films coréens, dont environ trente longs métrages ont défilé sur les écrans. On ne savait plus où regarder et il fallait avoir bien de la chance pour pêcher des découvertes intéressantes dans un océan trop vaste et trop plat. Seul Jealousy is my middle name de Park Chan-ok (Pak Chan’ok) qui remporta à juste titre le prix de la catégorie « New Currents », se distinguait vraiment entre des œuvres bien souvent trop engoncées dans des prétentions auteuristes pour respirer vraiment.


Le principal intérêt du festival (outre une sélection asiatique non coréenne de qualité dont il ne sera pas question ici) résidait dans deux rétrospectives.
«La Corée vue par Nagisa Oshima.» était un événement attendu orchestré par l’influant critique britannique Tony Rayns. Le réalisateur de Furyo et de L’empire des sens, visita pour la première fois la Corée en 1964. Il y prit une série de photo à Taegu et les monta sous la forme d’un court-métrage époustouflant : The diary of Yunbogi qui retrace la vie et le courage des petits vendeurs de chewing-gum et de journaux à la sauvette. Entre 1967 et 1968, Oshima tourna cinq films dont trois parlent de la Corée. Le plus connu est bien entendu La pendaison, mais on découvrit aussi Sing a song of sex, sur l’éveil à la sexualité d’une bande d’étudiants qui s’amuse à chanter des chansons paillardes. Soudain une étudiante d’origine coréenne se met à chanter un chant évoquant la mémoire des « femmes de confort », touchant ainsi les limites de la transgression autorisée. Le film se clôt sur un étonnant discours où un professeur évoque l’origine coréenne de la race japonaise. La Corée semble avoir été chez Oshima le catalyseur de ce qui nourrira toute son œuvre à venir : « l’autre », envisagé à la fois comme moitié complémentaire et comme destructeur potentiel. Nous reviendrons dans une prochaine livraison de tan’gun sur les « Zainichi » (japonais d’origine coréenne) et donc sur ces films essentiels de Nagisa Oshima.

L’autre rétrospective était consacrée au réalisateur Kim Suyông, qui a tourné 109 films ces quarante dernières années. Les sept œuvres, proposées dans des copies en excellent état, permettaient de redécouvrir, sinon un très grand cinéaste du moins un esthète ambitieux, inégal mais souvent passionnant. On put revoir ses trois films les plus connus : Un village au bord de la mer (1965), Le brouillard, Feux dans la vallée (tous deux tournés en 1967) et surtout découvrir Splendid outing. Tourné en 1977, ce film rappelle vaguement ceux réalisés par Kim Kiyong à la même époque (Pusan avait consacré une rétrospective primordiale à cet auteur dans une précédente édition). Il décrit le trajet d’une influente businesswoman, qui retourne dans son village natal et est capturée par un homme qui prétend être son mari. Plus que le discours sur la condition féminine, ce qui frappe c’est la façon dont Kim Suyong entremêle habilement phantasmes et réalité, tressant des images étranges et dérangeantes dans une atmosphère aux limites du réalisme et du fantastique.
Presque tous les films de Kim Suyong furent interprétés par Yun Chung-hi (Yun Chônghûi), immense star des années 60 et 70. Retirée des plateaux de cinéma, elle avait fait le déplacement depuis Paris où elle réside, pour assister à la rétrospective. Dans les heures les plus tardives de la nuit, sous les tentes du marché de Chaglch’i, on se pressait encore pour lui demander des autographes. Elle signait tranquillement en souriant, avec l’élégance, l’assurance et la discrétion des grandes.

par Adrien GOMBEAUD

Le CRIC, centre de recherches internationales sur les Corées, est l’éditeur de la revue tan’gun (site et papier). Ce centre de recherches est une association de loi 1901 à but non lucratif, tournée entièrement vers l’étude des trois Corées et le développement des moyens de cette étude, en particulier les voyages.

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