Coréennes de Chris Marker 북녘 사람들-크리스 마커 사진집

Ce court « récit de voyage imagé » reste, avec le temps, un des livres les plus honnêtes qui ait été écrit sur la Corée, non pas parce que l’auteur aurait été miraculeusement immunisé contre le temps et l’opinion, mais bien parce qu’il avait conscience d’un problème pleinement assumé.

A grands renforts de latin, de père du Halde, de Fenouillard, de Zuber et de Larbaud, de Miro et de Calvados, Marker avance armé, je veux dire cultivé. Autrement dit, il donne la règle du jeu, définit ses définitions, plutôt que de jouer soit au militaire pachydermique, soit au clérical modeste, soit à l’observateur innocent. C’est que Marker n’a rien à vendre, ni à ceux dont il parle, ni à ceux auxquels il s’adresse. Quel soulagement, dans cette bibliographie !

« Je sais aussi que tu ne me demanderas pas (Marker s’adresse au « chat G. »), perché sur le fléau de Dieu, de distribuer l’éloge et le blâme, de faire des comptes, et -surtout- de donner des leçons. Cela non plus ne manque pas. Mes amis coréens (et chinois, et soviétiques), vous n’avez pas fini d’en recevoir – des leçons de réalisme politique des honnêtes scribes de la Grande Agonie, des leçons de tolérance sous la robe des Inquisiteurs, et du fond des banques, on vous dira que, vraiment, vous vous attachez trop aux réussites matérielles. L’homme trompé ricanera de la pureté de vos filles, le demi lettré de l’enfance de votre art, et chacun vous tressera une couronne d’épines avec ses propres échecs.

O donneurs de leçons ! Saint François parlait aux oiseaux. Vous parlez aux torrents. Même s’ils voulaient vous écouter, ils ne pourraient pas. Ou alors jetez-vous dedans… »

Quelle instructive comparaison pourrait être faite entre ces photos en couleurs noires et blanches, leurs cadrages, leurs sujets (si souvent le travail), avec celles des « beaux livres » que nous offre l’édition française, mensonges en couleur, matins brumeux et rizières inondées. Ces livres incapables d’imaginer les fabuleuses quatre pages (20-23) de portraits pris par Marker, dont le sujet est une seule femme et l’objet la destruction de l’imbécile notion de face (Impassibilité). Les beaux livres se contentent de confirmer, tandis que M. Marker montre, démontre et démonte.

Rien n’a changé, ou plutôt si : tout a empiré, en partie à cause de l’échec des espoirs. Alors ? Renoncer ? Donner raison aux « donneurs de leçons » ? Impossible, même sans perspective.

Patrick Maurus

D’abord Merci pour votre commentaire des Coréennes. Je souhaiterais
être toujours aussi bien compris. Quant à « les rendre à nouveau
disponibles », c’est fait. Sans doute n’avez-vous pas eu l’occasion de
suivre leur destin qui en fait a suivi celui des nouvelles technologies.
Lorsque j’ai publié en 1998 le CD-Rom IMMEMORY, j’y ai inséré deux
livres entre temps épuisés, Les Coréennes et Le Dépays (sur le Japon).
Le contenu de ce CD sera à son tour mis en ligne cet hiver, sur un site
que je crée grâce à l’aide du Centre Georges Pompidou. Ainsi texte et
images seront à la portée du chacun, ce que j’avais toujours souhaité.

Peut-être ne savez-vous pas non plus qu’à Séoul, les éditions Noonbit
ont publié le livre traduit en Coréen. Un virage spectaculaire par
rapport à l’accueil initial qui y voyait seulement de la propagande
communiste. Je mentionne d’ailleurs cet épisode dans la « postface » que
j’ai ajoutée à l’édition en CD-Rom. Puisque vous ne la connaissez
sûrement pas je vous l’envoie ici en pièce jointe. (…) Je sais désormais
que ce sujet laissé longtemps à l’abandon est aujourd’hui entre de bonnes
mains et cela est un cadeau venu du Ciel (…)

Chris Marker


This short « pictorial travelogue » remains, over time, one of the most honest books ever written about Korea, not because the author would have been miraculously immuned against time and opinion, but because he was aware of a fully acknowledged problem. With large reinforcements of Latin language, quotations from Father of Halde, Fenouillard, Zuber and Larbaud, Miro and Calvados, Marker proceeds steadily, I mean with cultural references. In other words, he plays according to the rules, rather than posing either as pachydermic military, or modest clerical, or innocent observer. The fact is Marker has nothing to sell, neither to those he speaks about, nor to those he speaks to. What a relief, in a Korean bibliography!

« I also know that you won’t ask me (Marker addresses the » cat G. « ), perched on the scourge of God, to distribute praises and blames, keep a count, and – most important- patronize. There is no lack of it. My Korean friends (and Chinese and Soviet), you will receive for a long time lessons of political realism from honest scribes of the Great Agony, lessons of tolerance hidden behind the dress of the Inquisitors, and from the bottom of the bank, you will be told that, really, you cling too much to the material achievements. The man cheated will sneer at the purity of your girls, the half literate at the infancy of your art, and everybody will weave you a crown of thorns with his own failures.
O Patronizers! St. Francis talked to birds. You talk to torrents. Even if they wanted to listen, they couldn’t. Or else throw yourself into them…
 »

(1957)

How instructive the comparison between these black and white pictures, their framing, their subjects (so often working topics) and the « Art books » the French editors offer : lies in color, misty mornings and flooded ricefields. These books can’t match the fabulous four pages (20-23) of portraits taken by Marker, whose subject is a single woman and whose object is the destruction of the stupid notion of face (impassivity). Beautiful books merely confirm, while Mr. Marker’s shows, demonstrates and dismantles.

Nothing has changed, or rather, everything has worsened, partially because of the failure of hopes. So now? Give up? Agree with Patronizers? Impossible, even without perspective.

Patrick MAURUS

First of all thank you for your comment of “Korean Women”, i’d like to be always understood like this.
Probably you haven’t had the opportunity to follow their destiny which was in fact the same of the new technologies. When I published in 1998 the CD-Rom Immemory, I have added two books: “Korean Women” and the “Depays” (on Japan).
The contents of this CD will also be online this winter, on a website I created with the help of the Centre Georges Pompidou. So, text and pictures will be within the reach of everyone, what I always wanted.
Maybe you don’t know that in Seoul, Noonbit Publishers have published the book. A real turn compared to the initial reception which only saw it as communist Propaganda. I also mention this episode in the « Afterword » that I added to the CD-ROM edition. As you certainly don’t know it, i add the text, below.
Thank you. Now I know that this subject long disregarded is now in good hands. And that it’s a gift from heaven (…)

Chris MARKER

par Chris MARKER

POSTFACE 1997

J’ai tenu à reproduire ce texte (à quelques ajustements de mise en page près) exactement tel qu’il avait été publié en 1959. Près de quarante ans plus tard, il est légitime de se poser quelques questions à son sujet : est-ce qu’il se rapporte à un monde irrémédiablement rejeté par l’histoire, au nom de la fameuse « crise des idéologies » ? Est-ce que ces hommes et ces femmes que j’ai vu travailler durement, avec un courage que la propagande ne se privait pas d’exploiter, mais qu’il serait très bête de réduire à son imagerie, ont vraiment travaillé pour rien ? La lecture des journaux du printemps 1997 là-dessus est accablante : « famine » « échec total » « corruption généralisée »… Pas de raison d’ergoter : cette partie-là a été perdue, affreusement, et une fois de plus les Coréens ont illustré leur propension grecque à l’ubris. Toujours l’excès, dans le sentiment, dans la guerre, dans l’histoire.

Ce petit livre, lui, avait eu un destin particulier. Rejeté des deux côtés, pas assez laudateur pour le Nord (et d’abord, cette tache inexpiable : pas une fois le nom du grand leader n’était prononcé !), immédiatement assimilé à de la propagande communiste par le Sud, qui m’avait fait l’honneur de l’exhiber dans une vitrine du musée de la contre-révolution avec l’étiquette de « chien marxiste », ce qui ne m’avait pas paru spécialement injurieux : je vois bien Snoopy délaissant quelque temps Herman Hesse pour lire le Capital… On peut se flatter de ce genre de symétrie, se comparer à Charlie Chaplin à la fin du Pélerin lorsque, canardé par les deux camps, il marche, un pied devant l’autre, sur la frontière, et se dire que lorsqu’on se fait flinguer des deux côtés on a quelque chance d’être sur la bonne route. C’est une gloriole assez courte, qui permet de se mettre à bon compte au-dessus de la mêlée. Notre fin de siècle exige autre chose. Si jamais j’ai eu une passion dans le champ politique, c’est celle de comprendre. Comprendre comment font les gens pour vivre sur une planète pareille. Comment ils cherchent, comment ils essaient, comment ils se trompent, comment ils surmontent, comment ils apprennent, comment ils se perdent… Ce qui d’avance me mettait du côté de ceux qui cherchent et se trompent, opposé à ceux qui ne cherchent rien, que conserver, se défendre, et nier tout le reste.

Qu’allions-nous chercher aux années cinquante-soixante en Corée, en Chine, plus tard à Cuba ? Avant tout (et on l’oublie trop facilement aujourd’hui qu’on mélange allégrement ce qu’on a fourré dans ce concept incertain d’ « idéologies ») une rupture avec le modèle soviétique. Ici la chronologie a son importance. Je n’appartiens pas à la génération de ceux qui ont été soulevés par la vague de 1917. C’est une génération tragique qui, portée par un espoir démesuré, s’est retrouvée complice de crimes démesurés. Dans le film que je lui ai consacré, Alexandre Medvedkine emploie cette image forte :

« Dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas eu de génération comme la nôtre… C’est comme en astronomie, ces ‘étoiles noires’ qui se réduisent à quelques centimètres carrés et qui pèsent plusieurs tonnes. Un tel trou noir pourrait représenter ma vie. »

Nous qui avions la chance d’être nés de l’autre côté du trou noir, nous ne pouvions pas ignorer la profondeur de son échec, et ceux qui disent qu’ »ils ne savaient pas » sont de sacrés menteurs. Bien avant Soljenitsyne, nous avions lu Victor Serge, Koestler, Souvarine, Charles Plisnier (étrangement occulté de nos jours, alors que dès 1936, dans Faux Passeports, il démontait tout le mécanisme des procès de Moscou) et on ne nous ferait jamais le coup du paradis des travailleurs. Raison de plus pour aller voir comment des peuples jeunes, échappant géographiquement et culturellement aux vieux modèles européens, allaient se coltiner le défi d’une nouvelle société à construire. Ces enfants de Confucius, de Lao-Tse, de Bolivar ou de Marti n’avaient aucune raison de se plier aux dogmes élaborés par des bureaucrates nés d’une mère porteuse léniniste inséminée par Kafka. La réponse est qu’ils l’ont fait.

Encore ceci : dans l’URSS elle-même, un frémissement se faisait sentir au milieu des années 50, et les Moscovites d’aujourd’hui parlent avec une poignante nostalgie de ces années où la vie devenait vivable, où la terreur s’éloignait, où rien sûrement n’était gagné mais où on pouvait envisager sans déraison une évolution vers la liberté. Bref, la perestroika était imaginable à une époque où ses retombées eussent été infiniment moins coûteuses. Les portes de l’avenir s’entr’ouvraient, lentement, en grinçant, mais elles bougeaient. Il aurait fallu beaucoup de pessimisme historique pour prévoir Brejnev et ce temps qu’on appelle là-bas celui de la stagnation, plus criminel encore que celui de Staline du point de vue de l’histoire, parce que personne n’était en mesure de changer Staline, alors qu’il aurait été possible de changer Brejnev. Et encore une fois, c’est le pessimiste qui aurait eu raison.

C’est donc d’un bilan parfaitement désastreux que témoignent la plupart des textes et des images de ce livre, et je ne me sens ni l’envie ni le droit de m’en détourner. En ajoutant seulement deux notations qui ont pour moi leur importance.

On a beaucoup joué sur les ressemblances, indéniables, entre les deux totalitarismes, communiste et nazi. A ceci près que les uns ont commis leurs crimes en trahissant les valeurs sur lesquelles ils se fondaient, les autres en les accomplissant. Ce distinguo est peut-être une fausse question. Ou bien c’est toute la question.*

Et pour finir : toute la désespérance accumulée en cette fin de siècle, tant d’espoirs bafoués, tant de victimes, tant de démissions, tout cela ne me donne toujours pas une once de commencement d’esquisse d’indulgence pour la société « telle qu’elle est ». J’avais l’habitude de dire du temps de la guerre froide à mes camarades des deux bords « ce que vous appelez les erreurs du socialisme, c’est le socialisme, ce que vous appelez le capitalisme sauvage c’est le capitalisme ». Pour le moment il ne reste debout qu’un de ces deux monstres, mais la défaite de l’autre ne l’a pas humanisé, au contraire. Interrogé à la télévision peu de temps après la chute du Mur de Berlin, Claude Lelouch qui n’est pas, lui, un chien marxiste, a eu cette formule pleine de bon sens

« le communisme avait au moins un mérite, c’est qu’il faisait peur aux gens d’argent et les gens d’argent livrés à eux-mêmes, ils sont capables de tout, croyez-moi, je les connais »

Il me plaît de laisser à un cinéaste le dernier mot sur ce XXe siècle qui en dépit de ses faux-semblants aura si peu existé, qui n’aura peut-être été au bout du compte qu’un immense, un interminable fondu-enchaîné.

Port-Kosinki, mai 1997

* On a tant glosé sur cette histoire d’équivalence entre communisme et nazisme qu’il faut peut-être raffiner un peu. Je crois que j’aurais passé autant de temps dans la première moitié de ma vie à m’étriper avec les staliniens, en pointant les ressemblances entre les deux monstres, qu’à m’accrocher avec les autres, pendant la seconde moitié, en insistant sur les différences.
Utopie ou pas, le modèle nazi s’appliquait parfaitement, il n’y avait pas le moindre écart entre la doctrine et sa réalisation. Le soi-disant communisme, lui, était un perpétuel bricolage entre une doctrine impraticable et les cabrioles de la réalité. Un coup communisme de guerre, un coup NEP, un coup classe contre classe, un coup fronts populaires, et les intellectuels de service qui s’échinaient à donner a posteriori à une praxis parfaitement délirante le poli de la vérité révélée. Tout le monde ferait bien de relire le livre fondamental d’Edgar Morin, Autocritique, et comment le Parti, à l’image de l’Eglise, nourrit perpétuellement l’hérésie parce qu’en proclamant le dogme il en souligne le décalage caricatural d’avec la société. Aucune hérésie nazie ne naîtra de la relecture des textes fondateurs. Les contradictions internes ne sont que des luttes de pouvoir, comme l’explique fort bien Ian Kersaw). Imaginer ce que seraient des « dissidents » nazis… Lire les Evangiles et contempler le Vatican, lire le Manifeste et contempler l’URSS, cherchez l’erreur… Lire Mein Kampf et regarder la société nazie, tout colle, tout va bien, pas la moindre fêlure. Ce n’est pas une question de « bonnes intentions », c’est la différence entre un échec et un accomplissement également tragiques. Que certains penseurs disent que toutes les tragédies se valent, c’est leur affaire : un peu court pour des penseurs.

Et enfin la culture… Il est vrai que pour les politiques, la culture relève plutôt des bonnes œuvres que d’autre chose. Mais si on prend au sérieux le champ culturel, si on en fait un indice… D’un côté, un échantillon de ce que le XXe siècle a produit de plus grand en fait de poètes, de peintres, de musiciens, de cinéastes… Persécutés, trahis, suicidés, massacrés, incompris, détournés, désespérés, récupérés, avilis, tout ce qu’on voudra (avec des tête-à-queue surréalistes : Staline prenant la défense de Maiakovski et de Pasternak…) mais présents, et partie prenante de l’aventure. En face, rien –hormis, au cinéma, une talentueuse aventurière. Et un tel déséquilibre n’aurait pas de sens?


coda, 1997

I have chosen to reproduce this text exactly as it was published in 1959 (excepting a few changes in the layout). Nearly forty years later, it’s legitimate to ask a few questions: does it refer to a world irremediably rejected by history, in the name of the famous “crisis of ideologies”? Those men and women whom I saw work so hard, with a courage the propaganda-makers didn’t hesitate to exploit, but which it would be stupid to confuse with its imagery, did they really work for nothing? The newspapers one reads in spring 1997 are devastating: “famine,” “total failure,” “corruption everywhere”… There’s no reason to beat around the bush: that wager was lost, terribly, and the Koreans have once again illustrated their Greek propensity for hubris. Always excess, in sentiment, in war, in history.

As to this book, it had a peculiar destiny. Rejected by both camps, not flattering enough for the North (with this primary and inexpiable stain: not a single mention of the great leader’s name!), immediately identified as communist propaganda by the South, which did me the honor of exhibiting it in a vitrine at the counter-revolutionary museum with the label “Marxist dog” (which didn’t seem particularly insulting to me: I can see Snoopy leaving Herman Hesse aside for a while to read Capital…). You can let yourself be flattered by that kind of symmetry, you can make comparisons with Chaplin at the end of The Pilgrim, sniped at by both sides, walking tip-toe along the border line – you can tell yourself that getting flack from both ends is a pretty good indication you’re on the right track. It’s a short-sighted glory, an easy way of setting yourself above the fray. The end of our century demands something else. What’s more, the notion of historical progress, of a powerful “current of history,” never mattered to me except in a deliberate play on the word “current”: not a directional flow over some chart plotted out by infallible commanders (there again, the ambiguity of the word “leader”!), but instead the possibility to grasp the current meanings of the historical present, full of sound and fury, told, and so on. If I ever had a passion in the field of politics, it’s a passion for understanding. Understanding how people manage to live on a planet like ours. Understanding how they seek, how they try, how they make mistakes, how they get over them, how they learn, how they lose their way… That immediately put me on the side of the people who seek and make mistakes, as opposed to those who seek nothing, except to conserve, defend themselves, and deny all the rest.

What did we go looking for in the fifties-sixties in Korea, in China, and later in Cuba? Above all – and this is so easily forgotten today, with the hocus-pocus over that uncertain concept of “ideologies” – a break with the Soviet model. Chronology has its importance here. I do not belong to the generation that rose with the great wave of 1917. It was a tragic generation, buoyed by a disproportionate hope, only to become the accomplice of disproportionate crimes. In the film I devoted to him, Alexander Medvedkin uses this powerful image:

« In all of human history there was never a generation like ours… It’s like in astronomy, those ‘black stars’ that shrink down to a few square inches and weigh many tons. My life could be represented by such a black hole.”

We who were lucky enough to be born on the other side of the black hole cannot ignore the depth of its failure, and those who say “we didn’t know” are bald liars. Long before Solzhenitsyn, we had read Victor Serge, Koestler, Souvarine, Charles Plisnier (oddly forgotten today, although he exposed the entire mechanism of the Moscow trials as early as 1936, in Memoirs of a Secret Revolutionary). Nobody was ever going to feed us the workers’ paradise line again. Which was just another reason to go see how younger peoples, geographically and culturally removed from the old European models, were going to face the challenge of constructing a new society. Those children of Confucius, Lao-Tzu, Bolivar or Marti had no reason to kneel before dogma elaborated by bureaucrats born from a Leninist host-mother inseminated by Kafka. The answer is: they did.

Another thing: in the mid-fifties, a quiver of expectation ran through the USSR itself, and the Muscovites of today speak with poignant nostalgia of those years when life became livable again, when the terror receded, when nothing had been won with any certainty but it wasn’t sheer madness to envisage gradual progress toward freedom. In short, perestroika was imaginable at a time when its side-effects would have been infinitely less costly. The doors of the future had begun to swing open, slowly, with lots of grating and creaking, but they were moving. It would have taken enormous historical pessimism to foresee Brezhnev and the period of what the people back there call stagnation, more criminal still than Stalin from the historical viewpoint, because no one could have changed Stalin, whereas it was possible to change Brezhnev. And once again, the pessimists would have been right.

So the balance sheet to which most of the texts and images on this disc bear witness is totally disastrous, and I feel neither the right nor the inclination to ignore that. But I’d like to note two things, which for me have their importance.

Much has been made of the resemblances between the two totalitarianisms, communism and Nazism. They are undeniable, with this one difference, that the communists committed their crimes in betrayal of the values on which they founded themselves, and the Nazis, in fulfillment of theirs. Maybe that difference is the wrong question. Or maybe it’s the whole question.*

And to close: all the despair accumulated at this century’s end, all the shattered hopes, so many victims, so many resignations, all that still doesn’t give me an ounce of inclination for even a sketch of indulgence toward society “as it is.” During the Cold War I used to say to my comrades on both sides, “What you call the errors of socialism is socialism, what you call unbridled capitalism is capitalism.” For now only one of those two behemoths remains on its feet, but the other’s defeat has not humanized the survivor, on the contrary. Interviewed on television shortly after the fall of the Berlin Wall, Claude Lelouch, who is not a Marxist dog, made a comment full of good sense:

“Communism had at least this much going for it, it scared the money-men – and left to their own devices, the money-men are capable of anything, believe me, I know what they’re like…”

I find it fitting to give a filmmaker the last word on the twentieth century, which despite all its shams had so little real existence – which may after all have been nothing but an immense, interminable fade-over

Port-Kosinki, May 1997

* So much has been written about the history of equivalence between Communism and Nazism that it may need some improvement. I think I spent as much time in the first half of my life to gut with the Stalinists by denouncing the similarities between the two monsters than fighting the others, during the second half, emphasizing the differences. Utopia or not, the Nazi model was fully realized, there was not the slightest difference between the doctrine and its realization. The so-called communism was a perpetual tinkering between an impracticable doctrine and the somersaults of reality. Once War Communism, once NEP, once class against class, once popular fronts, with intellectuals trying to ornate a perfectly delirious praxis with the polishing of revealed truth. Everyone should read one more time the fundamental book of Edgar Morin in self-criticism, showing how the Party, like the Church, perpetually nourishes heresy because by proclaiming the dogma, he stresses its caricatural shift with society. No nazi heresy will raise from reading the founding texts. (The internal contradictions are nothing but power struggles, as well explained by Ian Kersaw) Nazi reinterpretation of texts. Imagine what would be « dissidents » Nazis … Read the Gospels and contemplate the Vatican, read the Manifesto and contemplate the USSR, find the error … Read « Mein Kampf » and study the Nazi society, evething connects, not the slightest crack. It is not a matter of « good intentions », it’s the difference between a failure and an equally tragic performance. Some thinkers say that all tragedies are equal, that is their business: a bit short for thinkers.
And finally, culture … It’s true that for politicians, culture is something like Charity, and nothing else. But if we take seriously the cultural field, if we take it as a clue … On one end, a sample of the best productions of the twentieth century, poets, painters, musicians, filmmakers. Persecuted , betrayed, suicided, killed, misunderstood, misappropriated, desperate reintegrated, degraded… (with surrealistic head-to-tails : Stalin protecting Mayakovsky and Pasternak…) but here, now, and parts of the adventure. On the other end, nothing, except in cinema, a talented adventurer. And such an imbalance would be meaningless?

Chris Marker, 2009

Le CRIC, centre de recherches internationales sur les Corées, est l’éditeur de la revue tan’gun (site et papier). Ce centre de recherches est une association de loi 1901 à but non lucratif, tournée entièrement vers l’étude des trois Corées et le développement des moyens de cette étude, en particulier les voyages.

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