L’Affaire des manuels japonais – 일본교과서 사건

vue par le Chosun Ilbo

Significative du manque de clarté dans les savoirs sur l’Orient et assez typique des dérives médiatiques (répéter ce qu’a dit le voisin sans vérifier), la querelle orientale sur les manuels japonais n’en finit pas. S’il fallait lui trouver un intérêt, ce serait d’offrir aux Occidentaux attentifs l’exemple d’une polémique entre nations asiatiques, polémique qui n’est pas essentiellement motivée par les liens avec l’Ouest. Du moins à son début.
Il convient tout d’abord de rappeler que la façon dont la question est généralement résumée (« les manuels japonais »), et qui permet l’économie de la réflexion pour de l’information, est trompeuse. Car l’essentiel des manuels scolaires d’histoire, au dire même des accusateurs, est exempts d’affirmations discutables. Cela seul, quand on y pense, est ahurissant, quel que soit le sens dans lequel on prenne cette remarque : ou bien c’est une toute petite histoire, ou bien l’histoire en général n’est plus soumise à l’examen critique…
Revenons-en au fond du problème. On ne sort pas de l’opposition figée méchant Japon refusant de reconnaître ses crimes / agaçante Corée incapable de tourner la page. Ou encore Japon moderne héritier du Japon colonial / Corée manipulant le passé à sa guise.
Nul n’est observateur « extérieur », capable de se forger une opinion objective à la seule lecture des documents, mais il n’en reste pas moins qu’il est pratiquement impossible de savoir de quoi il retourne à la seule lecture de tous ceux qui s’autorisent à exprimer une opinion. Plutôt donc que de rappeler seulement que critiques coréens et accusés japonais gravitent autour des cercles d’extrême-droite (ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui sont la cible du débat et en répercutent les données en fonction des idéologies nationales), nous avons préféré «retourner aux textes », c’est-à-dire aux termes mêmes du débat. Sans préjuger en rien des résultats d’une étude du militarisme (fasciste) japonais ni de la collaboration coréenne.
Nous offrons donc au jugement des lecteurs une partie du dossier proposé sur son site par le quotidien Chosôn Ilbo (nationaliste possibiliste pendant l’occupation, droite gouvernementale ensuite). Nous nous limitons aux remarques concernant l’époque moderne.

La rédaction


J : est la version japonaise,
C : le commentaire coréen.

(…)

15. La Corée et l’ordre international pré-moderne en Asie de l’Est

J: Chosôn et le Vietnam ont tous les deux été conquis par diverses dynasties chinoises, mais le Japon est resté indépendant de l’ordre mondial sinocentriste.
C: La nature des relations prémodernes entre nations de l’Asie de l’Est est déformée. La reconnaissance des nouveaux empereurs et l’offre de tribut constituaient une formalité diplomatique entre la Chine et les pays plus petits de sa périphérie. La Chine n’est jamais intervenue dans les affaires intérieures coréennes. Le Japon, par contraste, est défini comme « un état souverain indépendant », omettant le fait que le Japon a appartenu au système tributaire chinois depuis le 17ème siècle.

16. Juxtaposer les caractéristiques sociales de la Corée et du Japon

J: Il existe une théorie selon laquelle la Chine et Chosôn ne pouvaient pas résister aux menaces (militaires) des puissances occidentales parce que leurs sociétés étaient traditionnellement dirigées par des lettrés confucianistes (à la différence du Japon féodal, bâti autour des valeurs militaires).
C: C’est un compte-rendu destiné à soutenir l’idée que la société militaire japonaise était supérieure aux systèmes sociaux civils de Chine et de Corée, justifiant ainsi implicitement l’agression japonaise ultérieure.

17. La campagne « Punissons la Corée »

J: En 1873, un groupe d’activistes militaires japonais soutenaient que le Japon devait lancer une attaque contre la Corée afin de la punir d’avoir rejeté irrespectueusement la demande officielle du Japon d’ouvrir ses ports.
C: Le contexte général menant au refus coréen est ignoré. Le contexte est délibérément ignoré pour justifier les tentatives japonaises de mettre un terme aux procédures diplomatiques traditionnelles entre les deux pays.

18. L’incident de l’île de Kanghwa

J: Un incident a éclaté entre le Japon et Chosôn en face de l’île de Kanghwa, alors que des vaisseaux de guerre japonais se livraient à des mesures et autres activités, de façon à faire une démonstration de force sans l’autorisation de Chosôn.
C: Il est dit que les vaisseaux de guerre japonais ont délibérément poussé Chosôn à ouvrir le feu, sans préciser qui a provoqué l’incident, pourquoi ni comment.

19. La menace coréenne

J: La péninsule coréenne épouse la forme d’un bras tendu vers le Japon. Si elle venait à tomber sous le contrôle d’une nation opposée au Japon, elle pourrait servir de base pour le lancement d’une invasion.
C: L’invasion japonaise de la Corée est montrée comme indispensable à sa sécurité, ce qui est justifié par la description de la péninsule comme occupant une position géographique menaçante. De la même façon, les guerres sino-japonaise et russo-japonaise sont justifiées au nom de la défense du Japon.

20. L’annexion forcée de la Corée

J : Le gouvernement japonais pensait que la Corée devait être annexée pour garantir la sécurité du Japon et protéger les intérêts de la Mandchourie. La Grande-Bretagne, les USA et la Russie se surveillaient de façon à empêcher leurs rivaux de renforcer leur influence dans la péninsule coréenne. Ils ne se sont pas opposés à l’annexion japonaise de la Corée parce qu’ils pensaient que cela pourrait stabiliser l’Asie de l’Est.
C: La nature coercitive de l’agression japonaise et le processus d’annexion de la Corée sont dissimulés. L’annexion est décrite comme un acte accompli avec l’approbation internationale.

21. Le développement de la Corée colonisée

J: En Corée colonisée, le Japon a poursuivi ses projets de développement, construisant des lignes de chemin de fer et améliorant les réseaux d’irrigation.
C: Cette description reflète l’opinion des colonisateurs japonais qui affirmaient que les projets de développement contribuaient à la modernisation de la Corée et profitaient à son peuple. Alors qu’ils avaient comme fonction de faciliter le règne colonial du Japon et l’exploitation de la Corée.

22. Le grand tremblement de terre de 1923 et les Coréens

J: Quand le grand tremblement de terre a frappé la région du Kanto le 1er septembre 1923, la rumeur que des Coréens et des socialistes tentaient d’utiliser le désordre pour développer leurs activités subversives s’est répandue. En conséquence, les forces de sécurité civile japonaises ont tué Chinois et Coréens.
C: Le massacre par la police et l’armée japonaises a été étouffé. En dépit du fait que la plupart des victimes (environ 7000) étaient coréennes, elles sont désignées comme « socialistes, coréennes et chinoises », dans le but de minimiser le sacrifice des Coréens qui était au centre de l’événement.

23. Conscription forcée

J: Il y a eu aussi une conscription pour travaux de guerre et service militaire dans la colonie
C: Il n’est jamais dit clairement que les conscrits-travailleurs étaient exploités.
J: De jeunes Coréens se sont portés volontaires pour la conscription. En Corée, un système de recrutement volontaire a été organisé… De nombreux Coréens ordinaires, y compris des femmes et des enfants, ont été victimes de cette politique.
C: La nature coercitive du système de recrutement est déformée pour laisser entendre que les Coréens ont participé volontairement à la guerre.

24. Esclavage sexuel

J: Rien
C: Deux rapports spéciaux sur l’esclavage militaire et les crimes sexuels en temps de guerre, récemment soumis à la commission des Nations-Unies sur les Droits de l’Homme, dénoncent l’utilisation par les Japonais de « femmes de réconfort » comme un crime de guerre contre l’humanité.
J: Rien
C: Le gouvernement japonais a admis en août 1993 que l’armée japonaise était impliquée dans la création et la gestion de bordels militaires et que les « femmes de réconfort » étaient mobilisées, déplacées (sur les champs de bataille) et administrées contre leur gré par coercition et tromperie.

25. Politique d’assimilation

J: En Corée, le Japon met en place sa politique d’assimilation des Coréens à la société japonaise.
C: La politique de « japonisation » des Coréens n’est pas clairement expliquée. Pas plus que n’est suffisamment décrit comment le Japon a exploité la Corée. Le peuple coréen est vaguement traité comme une partie de la nation japonaise, ce qui ne rend pas compte de la nature de la politique coloniale japonaise.
J: Les Coréens ont été contraints à l’assimilation de façon à pouvoir être dignes d’être considérés comme « Sujets de l’Empereur ».
C: Les détails de la politique d’assimilation sont ignorés. Il faut signaler que les Coréens ont été forcés de rendre hommage dans des temples shinto, d’adopter des noms de famille japonais et d’apprendre le japonais, etc.

26. La Guerre de Corée

J: Les forces des Nations-Unies sous le commandement du général Douglas MacArthur ont lancé une contre-attaque… Des troupes chinoises se sont rangées aux côtés des Nord-Coréens.
C: Les forces sud-coréennes sont oubliées et la guerre décrite comme un conflit entre les forces UN et les alliés nord-coréens et chinois.
J: La situation militaire s’est immobilisée près de la frontière existante sur la 38ème parallèle.
C: Le 38ème parallèle est considéré par erreur comme la frontière nationale, donnant l’impression que la Corée était divisée depuis longtemps.

2004

Le CRIC, centre de recherches internationales sur les Corées, est l’éditeur de la revue tan’gun (site et papier). Ce centre de recherches est une association de loi 1901 à but non lucratif, tournée entièrement vers l’étude des trois Corées et le développement des moyens de cette étude, en particulier les voyages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *