Too Young To Die – 죽어도 좋아

Du sexe mais point trop n’en faut dans la prude Corée !

Par Erin Sepatu


Le sexe fait son grand retour dans le cinéma coréen, mais l’avait-il vraiment quitté ?
Feindre de l’ignorer est certainement le plus sûr moyen de souligner par son absence son évidente présence dans les films produits en Corée. Et pourtant, le plus vieux sujet de cinéma du monde fait encore les beaux jours de la critique, des censeurs et plus épisodiquement du public qui peut suivre, par presse interposée ou sur internet, le débat soulevé par les films qualifiés de trop osés.

too young to die movie

Le ciseau des maîtres de la censure n’est pas tendre avec les baisers appuyés, les scènes trop explicites, les poils indélicats, bref rien ne nous était épargné ou ne nous était épargné. Car l’emprise de l’ordre moral se relâche, lentement mais sûrement, sous la pression non pas des artistes au nom de la liberté d’expression, mais sous celle plus forte et convaincante de l’économie et de la télévision.

La télévision au secours du sexe au cinéma !
Théorie fumeuse, me direz-vous. Pas tant que ça, il suffit de voir les difficultés qu’ont les opérateurs de service par câble et satellite pour convaincre de nouveaux clients de s’abonner pour comprendre la situation.
Depuis un an, l’offre de chaînes, déjà pléthorique, plus d’une quarantaine sur le câble, difficilement rentables et existant pour la plupart depuis 1995, vient de se voir concurrencée par une trentaine de nouvelles chaînes et par le satellite. Les chaînes de sport et de cinéma déjà très nombreuses sur le câble n’étant pas, de toute évidence, de nouveaux produits, donc d’appel pour le satellite, que reste-t-il à conquérir ? Le sexe, bien évidemment ; les chaînes timides, pratiquaient toutes l’autocensure et diffusaient quelques films « historiques » du cinéma érotique, notamment Emmanuelle qui, en 2000,, passait à la télévision coréenne amputée, tout de même, de plus de vingt minutes. Il restait donc de toute évidence un dernier territoire à conquérir, celui du sexe à la télévision. C’est maintenant chose faire, « Spice TV » version coréenne du « Playboy Channel » égaie les soirées coréennes des abonnés à cette chaîne « Premium » du câble et du satellite. Objet de toutes les convoitises des hommes en noir du marketing, « Spice TV » est la cerise qui doit pousser un coupe à s’abonner au câble ou au satellite. Affaire à suivre…
Dans le même temps, les cinéastes s’émancipent. Lies (Fantasmes), en 2000, fait l’effet d’une tornade sur une production coréenne souvent assez mièvre. Le cinéma coréen se dévergonde et les actrices se dénudent. Plus qu’un simple effet de mode, cette ouverture des mœurs brise le mythe d’une société coréenne fermée et prude. Quelques films, plus ou moins intéressants, s’engouffrent dans cette brèche ouverte pas quelques précurseurs : Club Butterfly de Kim Chaesu raconte des histoires de couples échangistes, suivront Love Letter, Twenty, de Shin Chôngyun et Summer Time, de Pak Chaeho.

Mais alors pourquoi reparler de sexe si même Romance de Catherine Breillat peut être distribué en Corée (avec quelques caches électroniques judicieusement appliqués!). Justement, nous pensions qu’il était déjà loin le temps de la censure et que le bureau en charge de ce fastidieux travail devait être pris au sens d’un bureau en charge de la délivrance d’un visa d’exploitation et non pas de censure.
Il est donc encore plus étonnant de voir s’agiter la péninsule, afin seulement le Sud de cette dernière, suite à l’interdiction de Too Young To Die (Trop jeunes pour mourir). Présenté au dernier Festival de Cannes (Semaine de la critique), ce film n’avait a priori rien de bien sulfureux pour subir de la sorte les affres de la censure. Pas de Rocco Siffredi local au casting, pas de gorges profondes, rien, sinon une histoire d’amour entre deux septuagénaires encore verts. Le film donne à voir une belle image du bonheur après de longues années difficiles à travailler, élever des enfants, lutter, perdre des êtres chers. Bref la vie, dans un pays neuf où il a fallu tout construire, pour aujourd’hui recevoir le dividende de ses efforts et partager de véritables moments d’amour. Tiré de faits réels, joué par un vrai couple, c’est cette image insupportable de l’amour et du bonheur qui gêne aujourd’hui les censeurs et agite le bocal intellectuels et culturel coréen.

Interdiction pure et simple
Non, cela serait beaucoup trop simple. Le film classé X peut être distribué dans les cinémas autorisés à présenter des films X. Le film est donc visible dans quelques salles sombres aux fauteuils élimés et aux vieux ressorts fatigués par les brusques passages de solitaires ou de couples sensibles aux charmes de ces messieurs et de ces dames. Non, il y a bien une loi de 2000 qui n’était pas faite pour marquer le passage au nouveau millénaire, mais pour, sur le modèle japonais, légaliser la diffusion des oeuvres érotiques, qui fleurissent sur internet et sur les vidéos CD et DVD en provenance du voisin nippon. La loi existe, pas les salles !
Espérons que nous ne devrons pas attendre vingt-cinq ans pour voir Too Young To Die comme ce fut le cas pour L’Empire des sens qui, bien que très largement censuré, est sorti en 2000 sur 56 copies.

Dynamique, le cinéma coréen l’est : original quelquefois, polémique, il faut bien l’avouer assez rarement. L’argent règne en maître et le modèle américain copieusement décrié est plus souvent adopté que son équivalent européen.
Quelques cinéastes tentent péniblement de se faire un nom, enfin plutôt un prénom, car il est si facile de n’être qu’un Kim ou un Lee de plus au Box Office de la semaine. C’est dans un contexte économiquement particulièrement favorable, 60% de parts de marché pour seulement une soixantaine de films produits, que la « différence » tente de s’épanouir. Difficile donc d’être provocateur, pourfendeur de la vieille morale confucianiste, moderne… et nous pourrions ajouter de nombreux adjectifs et complètements à cette phrase.

Tout n’est pas perdu pour autant, si trop de réalité effraie encore, dans le domaine de l’improbable une place est toujours ouverte aux plus courageux. Kim Ki-duk l’a récemment prouvé avec son Bad Guy moralement détestable dont le personnage principal, un mauvais garçon, pour se venger d’un refus, va pousser une jeune fille à se prostituer, tandis que lui-même suivra derrière une vitre sans tain la descente aux enfers de la blanche colombe. Toujours au rayon des horreurs en Technicolor, le dernier film de Lee Chang-dong (Yi Ch’angdong), réalisateur éclairé de Pepermint Candy, nous donne à voir dans son très bon film, Oasis, la rencontre des plus inquiétantes pour la morale, entre un chauffard meurtrier et la fille de sa victime qu’il va tout d’abord violet puis aimer. Pas de censure et un million d’entrées plus tard, Too Young To Die attend toujours une autorisation pour être distribué en Corée.

Chug’ôdo cho’a
titre anglais : Too young to die
Mise en scène : Pak Chinp’yo
Scénario : Yi Sumi
Photo : Chông Yông’u
Montage : Mun Indae
Musique : Pak Kihôn
Interpétation : Pak Chigyu, Yi Sunhûi
67 mn, couleurs, 2001

Le CRIC, centre de recherches internationales sur les Corées, est l’éditeur de la revue tan’gun (site et papier). Ce centre de recherches est une association de loi 1901 à but non lucratif, tournée entièrement vers l’étude des trois Corées et le développement des moyens de cette étude, en particulier les voyages.

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