RPDC, voyage déconseillé dans un pays déraisonnable

Avant-dire

Le temps ne fait rien à l’affaire, il est toujours aussi difficile de parler de la Corée du Nord. D’en parler tout court. Car la messe est dite, le pays est irrécupérable. Les rares spécialistes sont acculés dans leur coin, inaudibles, invisibles, sinon suspects. Une vie passée à apprendre cette langue et d’autres, à creuser leurs recherches, à comparer leurs résultats, ce n’est rien face au Niagara de certitudes que la presse assène (il faut ici, hélas, généraliser). S’ils ont pourtant acquitté leur droit d’entrée, comme disait Bourdieu, d’un coût ô combien élevé, il ne leur est même pas permis d’accomplir leur devoir de sortie, comme disait le même Bourdieu, de rendre à la collectivité ce qu’elle leur a permis de faire, c’est-à-dire, justement, des recherches. Non, car tout le monde semble savoir à l’avance ce qu’est la RPDC. Ubu, Orwell, paranoïa, schizophrénie, goulag, dynastie rouge, leader poupin qui regarde des films et souffre de sa petite taille, et son fils aussi rond et si bizarrement coiffé, tout ce qui mène naturellement (= médiatiquement) à l’immense danger que ferait courir l’arsenal nucléaire de ce pays sur le reste du monde apeuré, désarmé et innocent. Ceux qui bégayent ce discours ont-ils tous conscience qu’ils font du George Bush dans le texte, celui dont on sait ce qu’il a fait de tous les régimes qui ont baissé leur garde ?
 

Mais pourquoi ?
Pourquoi peut-on dire absolument n’importe quoi ? Pourquoi, alors que la situation difficile et par moments tragique du pays n’appelle aucune exagération, même pour ceux qui ne veulent en voir que les mauvais côtés, pourquoi en rajouter, en inventer autant ? Pourquoi charger la barque à ce point ? Nos experts en RPDC, qui savent tout, ont leur réponse toute prête, tant il est vrai que l’idéologie, c’est ce qui a réponse à tout : On ne peut pas y aller, c’est louche, et si on y va quand même, on ne peut rien voir, et si on voit quand même quelque chose, de toute façon ils dissimulent ou ils mentent. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. Mais si c’était vraiment le cas, pourquoi en parler, de quoi parler ? Voilà pourquoi votre fille est muette.
Fermez le ban ? Non, pas encore. Il faut bien réserver un sort à ceux qui y vont, qui y voient, qui y cherchent, qui y questionnent, qui y travaillent. Il n’est pas facile d’aller en Corée du Nord (mais il y est déjà difficile à l’occasion de trouver une chambre d’hôtel, et le pays dit s’attendre à un boom touristique dès cette année 2016). Ce n’est pas impossible. Il est faux de dire qu’on ne peut pas y voyager, même si c’est presque toujours accompagné, il est faux qu’on ne puisse pas y faire aboutir des projets, il est faux qu’on ne puisse pas y travailler, il est faux qu’on demande quelque allégeance que ce soit aux visiteurs, il est faux de dire qu’ils ne montrent que ce qu’ils veulent. Il suffit de travailler avec eux. Je propose donc, non une vérité, mais ce que Lyotard appelait avec justesse un exercice de déconcertation. Il s’agit simplement de désorienter pour faire douter. Pour seulement ensuite se forger une opinion critique, en demandant à chaque preneur de parole, quel qu’il soit : D’où parles-tu ? Nul doute que la question nous vaudra des remarques du style :
« On permettra donc de s’interroger sur les motivations qui, depuis quelques années, poussent les arpenteurs de l’étrange et les touristes de l’extrême à se ruer à Pyongyang en y montrant patte blanche. Il n’y a pourtant rien à voir que nous ne connaissions déjà. Et on n’y verra évidemment rien de ce que nous ne connaissions pas. Humer l’atmosphère de ce Disneyland de l’horreur qui humilie le genre humain au travers du peuple coréen qui ne méritait pas cela, en vaut-il la peine ? » PDB p.415. Rien à voir que nous ne connaissions déjà ! Ceux pour qui toute recherche se doit d’être un dialogue sont mal partis.
Après une expérience directe de la RPDC, nous nous posons tous en rentrant la question « Comment en parler ? », puisque nous sommes disqualifiés d’emblée. Car en général, au lieu de nous poser des questions, on nous parle de la RPDC, c’est-à-dire qu’on nous répète TF1. Donc très vite la question devient « Peut-on en parler ? » puis « Avec qui peut-on en parler ? ». Pas avec ceux qui « savent déjà » en tout cas.
L’Américain Bruce Cumings, auquel les coréanologues doivent tant, et qui, lui, se sert de documents de première main, commence son North Korea par ces remarques fielleuses :
«  Un commentaire mimétique américain unifie les diverses opinions sur un seul point : Cet endroit est un cauchemar voyou-terroriste-communiste-stalinien-totalitaire-oriental, le plus détesté et craint des Autres de l’Amérique. La véritable caractéristique de nos crises actuelles avec le Nord, néanmoins, est l’assourdissante absence de tout argument contraire (…) étant donnée la nature mimétique de nos médias, les mêmes histoires circulent sans fin ; souvent elles sont des variantes contemporaines de mêmes légendes racontées depuis que la Corée du Nord est devenue notre ennemie il y a soixante ans : ils sont sur le point d’attaquer le Sud, leurs leaders sont fous, leur peuple subit un lavage de cerveau, le régime va imploser ou exploser. »
Cela ne suffira évidemment pas à faire taire l’ignorance sur la RPDC, éclatante au moment des révélations de Wikileaks. Éclatante aux yeux du monde non européocentré au moment des mensonges de Bush sur l’Irak. Mais cela a-t-il changé d’un iota les regards sur la RPDC ? Les meilleurs journalistes écrivant sur le sujet continuent de voir leurs articles caviardés et retitrés par des rédactions respectables et de référence.
Restons-en à l’essentiel (même si, dans le cas qui nous occupe, le fait que le discours médiatique soit uniforme fasse partie de la question). La Corée reste un pays dont on peut dire n’importe quoi tout en reconnaissant ne rien en savoir. Puisque c’est la faute de l’Autre ! Puisqu’on ne peut pas y aller ! Un quidam m’a un jour certifié qu’il n’y avait pas de gratte-ciel à Pyongyang. J’habitais alors au 24ème étage, avenue Kwangbok. J’ai soudain été pris d’un vertige rétrospectif, me demandant si j’avais vécu sans le savoir dans une sorte de quatrième dimension, suspendu dans les airs. Réflexion faite, à la lecture de la presse, j’avais vécu dans un pays qui était tout entier dans la quatrième dimension. N’allez pas dans ce pays où tout le monde est obligé de se faire coiffer de la même façon, m’a averti une aimable dame. Je t’ai préparé des nouilles instantanées pour ton séjour là-bas, m’a dit une autre, pleine de sollicitude. En général, c’est plutôt : « En allant là-bas, vous cautionnez le régime et sa bombe. ».
Tout le monde sait quelque chose de la RPDC dont on ne sait rien. Représentation vaut description.
S’il serait ridicule d’accorder un crédit quelconque à cette tornade médiatique, il serait tout aussi naïf de ne pas tenir compte de l’écran qu’elle constitue entre la RPDC et nous. La principale pignoufferie n’est pas tant de toujours répéter la même chose que de ne même pas se rendre compte qu’il s’agit des mêmes sempiternelles représentations historiques de l’Asie-Orient.
 .
.Pyongyang, 2015

Chapitre 1
Comment peut-on être nord-coréen

Pour parler de la Corée du Nord, le plus simple est de hurler avec les loups. C’est simple parce qu’il s’agit de répéter toujours la même chose, et c’est encore plus simple parce que même les phrases pour le faire sont livrées avec le sujet, sans rien avoir à prouver. C’est simple et ça rapporte. Il suffit de faire provision de dynastie communiste, décor d’opéra, famine meurtrière, culte de la personnalité extravagant, ambiance paranoïaque, empire du mensonge et de la propagande, Jurassic Park du communisme, pays asphyxié par sa folie idéologique, grotesque, tragique ineffable, grandiloquent, imperturbable monotonie, mégalomanie, narcissisme, naturellement, d’Ubu, d’Orwell et de Kafka. Chacun pourrait en faire l’expérience, en faisant l’effort de relever au hasard ce qui est dit de la Corée du Nord pendant un mois dans la presse prise comme un ensemble. Mais les quelques publications sur la question, commises par des spécialistes autoproclamés, permettent d’arriver au même résultat. Tout ce que je viens de citer sort de la seule première (!) page du Pays du grand mensonge, proposé par un de nos Rouletabille. Qui a réussi à se rendre une fois sur place, au prix d’une petite manipulation déontologique : la dissimulation de son identité. Mais nous avons affaire à un gros malin, qui a prévu la réponse : C’est pas moi, c’est l’autre, Maman, c’est le mur qui m’a cogné ! Autrement dit, c’est la Corée du Nord elle-même qui est fautive et responsable, en interdisant les enquêtes objectives sur son sol. Je n’ai pas violé les règles déontologiques, j’ai été forcé de le faire ! Ce qui ne l’empêche pas de décrire ses compagnons de voyage comme des crétins finis. Cela évitera de mettre l’accent sur l’essentiel, passés la bonne conscience, l’aventure, et James Bond : Planqué comme touriste, notre super-héros ne pourra nous donner que ce qu’il a… un récit de touriste ! Accepteriez-vous de lire un « 12 jours en bus sur la Costa brava sans parler espagnol » ? Mais heureusement il y a l’énigme, le grand mensonge, le pays fermé, ermite avec un peu de culture, la guerre froide, et puis Ubu etc.
Tous ceux d’entre nous qui étudient la RPDC peuvent en témoigner, l’impossibilité proclamée d’y aller fait partie de l’arsenal obligatoire, des figures imposées. Même s’il y a beaucoup à redire à la façon dont les Nord-coréens montrent leur pays (c’est en y allant qu’on peut en débattre), cela sert à justifier les discours illégitimes et à disqualifier les discours légitimes. Puisqu’il est impossible d’aller en RPDC, le fait que vous y soyez allé est automatiquement louche. Ne seriez-vous pas influencé par le régime ? Bouffé par sa propagande ? Faites donc bien attention à confirmer ce que tout le monde sait.
Pays du grand mensonge, donc. Mensonge de qui ? Mais pourquoi peut-on aller là-bas et en revenir avec des hectomètres de pellicule en disant qu’on n’a rien vu ? Puisque le véritable sujet du reportage est le journaliste lui-même. Et ça passe quand même ! Une parcelle d’explication : Cela signifie aussi que je ne me ferai plus avoir, comme mes aînés, trompés par Moscou. À moi, on ne la fait pas. Je tape sur la RPDC (on verra un jour que j’avais raison!), donc je suis intelligent. La preuve ? Tous ceux qui n’y connaissent rien sont d’accord avec moi. Et qu’il est rassurant d’être dans le camp des Gentils avec des Méchants si repérables !
Critiquant à juste titre Fox News délirant sur la France sous la botte islamiste après Charlie (les quartiers interdits aux non-musulmans à Paris…), un journaliste TV condamnait le correspondant américain pour n’avoir vécu à paris “que” deux ans. (15.1.15). Vérité en deçà des Pyrénées…
Ce que la litanie inepte de Grangereau veut induire, c’est que Corée du Nord signifie schizophrène (puisque tout journaliste est psychanalyste), que schizophrène signifie fou, que fou signifie irrationnel, et donc dangereux. L’affirmation de tous les va-t-en guerre du monde pour bombarder des peuples qui ont eu l’heur de leur déplaire. Vietnam, Irak. Les mots, aussi, tuent. L’auteur sait-il que sa logorrhée rejoint des siècles de mépris raciste pour l’Asie-Orient ? Et quand les bombes tomberont, ils n’y seront naturellement pour rien. Si j’étais journaliste, je n’apprécierais pas cette fuite intellectuelle. Notre exigence est pourtant assez simple : Nous cherchons à comprendre. Nous démonétiser d’emblée en parlant de justification ou de propagande, c’est refuser de comprendre.
 
Ce petit livre, modestement, se donne pour objets de déconstruire quelques affirmations rabâchées et d’expliquer ce que peut révéler le voyage en Corée du Nord. Car une fois que vous avez réussi à démontrer qu’il est possible d’y aller, les Rouletabille ne se démontent pas pour autant : On ne peut rien y voir de toute façon, et ceux qui croient voir quelque chose sont en fait victimes de la propagande ou d’un lavage de cerveau. Tautologie et solipsisme. Il n’y a rien à répondre à eux qui savent tout.
Ceci est d’autant plus rageant que, même lorsqu’on ignore tout de la RPDC, ce qui est généralement le cas, un peu finesse de lecture suffirait souvent pour savoir qu’il s’agit de désinformation. Car, je l’ai dit, ces messieurs-dames ne peuvent pas s’empêcher d’en faire des tonnes. J’ai hésité devant le mot, car il s’agit plus souvent d’ignorance agressive que de malhonnêteté proprement dite. Des ONG installées à Pyongyang m’ont pourtant raconté avoir reçu la visite d’une journaliste d’un hebdomadaire, qui ne voulait que des informations sur la famine. Leurs explications compétentes n’ont servi à rien, malgré les preuves produites, les articles de la dame n’ont porté que sur une famine déjà terminée, mais qu’elle faisait durer trois ans de plus. Le pays du grand mensonge… Pourquoi se gêneraient-ils, puisque le n’importe quoi est la règle. D’où, l’exemple est connu mais tellement obscène qu’il ne peut être évité, les chiens anthropophages (120 !) qui auraient boulotté le tonton du tyran… la découverte d’une licorne, la lecture de Mein Kampf, l’exécution (à la mitrailleuse, s’il vous plaît) de l’ex petite amie de Kim Jong Un, l’explosion d’un ministre (au missile)… Dernier exemple, ridicule je l’admets, mais que l’auteur appelle par son titre même : Les Nouilles froides de Pyongyang, texte écrit au passé simple, comme les fictions. Prière de lire : Même les nouilles sont froides. Ça doit faire drôlement trembler dans les cantines scolaires :
« De quoi s’agit-il ? Dans un bol métallique d’une portion de cent grammes de nouilles de sarrasin, fine comme de la chevelure d’ange, caoutchouteuses, trempant dans un bouillon refroidi, glaireux. Un œuf minuscule (de colibri nain?), bouilli au préalable, est posé dessus, froid aussi. Six lamelles de concombre cru et d’une demi-tranche de poire (en boîte) en constituent la garniture.
Même avec une bière de 500ml et une fiasque d’alcool de riz, ce mets tant vanté m’a laissé… perplexe. Si Clorinde n’a pas détesté, il n’a jamais réussi à saisir avec les baguettes en acier ces nouilles minces, souples et gluantes, qui lui ont échappé dix fois de suite jusqu’à l’agacer et le faire renoncer.» (pp.152-153)
Peut-être – peut-être ! – que la plus basique intelligence aurait consisté à se renseigner d’abord. Les nouilles froides sont le plat préféré de tous les Coréens en été, que les meilleures sont supposées être celles de… Pyongyang. Aucun bouillon de naengmyôn n’a jamais été glaireux, pour aller avec des nouilles gluantes, sauf le sien, mais peut-être avait-il craché dedans, comme dans la soupe offerte par le pays qui l’accueillait. Son livre fait 186 pages, il attend la page 153 pour manger avec des baguettes, ce qui est de première importance, on s’en doute, et tellement surprenant. On devine que le désir d’immersion le tenaillait.
Est-ce que je charge la barque ? Le paragraphe suivant commence par : « Il crachinait alors sur le fleuve, une sale pluie, fine et insistante, sur laquelle glissaient les tramways bondés cahotant comme des corbillards (..) ». Oui, cela s’appelle charger la barque. A Pyongyang, même la météo est stalinienne.
Le livre en poche arbore la mention « Prix des lecteurs ».
Ces gens nous prennent à ce point pour des imbéciles qu’ils prêtent leurs lieux communs aux Nord-Coréens. Ça semble les grattouiller tous, la nourriture : « Après un dîner occidental et énigmatique – on ne sait jamais trop ce que l’on mange (..) », nous dit page 37 de son Voyage au bout du monde Patrice Bériault. Pour déclencher la case Mystère sans doute, une photo est légendée : « une tombe mystérieuse… et mystérieusement camouflée. », sauf que la stèle en question est parfaitement visible et lisible… à condition de ne pas imprimer la photo à l’envers !
Nous accédons ainsi à une des règles cardinales de ces messieurs : Ce que je ne comprends pas est incompréhensible (ou mystérieux, ou caché) par la faute des Coréens.
Finissons-en avec cela, et attribuons la palme de l’épisode le plus grotesque. La vie sexuelle supposée de Kim Il Sung, d’après Bradley Martin : Allongé en travers de plusieurs femmes pour retrouver son énergie vitale. Du taoïsme, paraît-il. Naturellement, l’auteur nous fera rapidement part de ses doutes quant à la véracité de l’épisode, mais non sans l’avoir au préalable abondamment développée. Testée, je ne sais. (Under the loving care of the fatherly leader, pp 198-202)
PDB ne pouvait pas rater ça : (p.238) « Complaisamment reprises par les médias occidentaux, les rumeurs les plus folles circulent à ce sujet. On évoque une centaine de spécialistes occidentaux recrutés à grand frais pour le maintenir en vie jusqu’à l’âge de cent vingt ans. On murmure que, la bonne humeur étant un gage de vitalité, des comédiens, et même des enfants, auraient été mobilisés pour le faire rire le plus souvent possible. On prétend même qu’il se baignait chaque jour avec des dizaines d’impudiques jeunes vierges, chargées de lui rendre la vigueur de ses vingt ans. Le trait est probablement grossi. » Probablement.
Du même et du même métal : « Même si les renseignements convergent, il ne s’agit bien sûr que de suppositions. Comme Pyongyang cultive le secret et excelle à manipuler l’information, il ne saurait en être autrement. Mais les montants importent peu. Ce qui compte, c’est la méthode. La violence et la menace, les trafics et les réseaux parallèles, la corruption et l’argent roi : nous sommes en terrain connu. Kim Jong Il se comporte en mafieux. » p.279. En quatre lignes on passe de « suppositions » au présent de l’indicatif.
Est-ce à dire que la messe est dite ? N’y a-t-il donc que des âneries sur le sujet ? Évidemment non, et de toutes tendances, Demick, Cumings, De Ceuster, Pons, Amstrong, Lankov, Frank, même Scalapino ou Myers, pour ne citer que des auteurs accessibles. Mais j’arrête là ma liste. Je crains de leur rendre un mauvais service. Mais la leçon est claire : Il est parfaitement possible de s’informer peu ou prou sur la RPDC, en lisant tous ces chercheurs qui ont payé leur droit d’entrée.
Ce qui pose problème chez les autres, ce ne sont pas les opinions émises, c’est leur systématicité et l’absence totale de prudence méthodologique ou de vérification. Existe-t-il beaucoup de pays auxquels on consacre autant de temps pour dire toujours la même chose ? Qui provoquent autant d’opinions semblables ? Il y a un nom pour cela, cela s’appelle la voix de son maître.
Les regards sur la RPDC sont surdéterminés par la nationalité des regardants ? Tant mieux. Apprenons donc à regarder quelquefois avec des yeux anglais ou russes, susceptibles de nous décentrer. Et si c’était l’effet le plus paradoxal de la nord-coréanologie que de défranchouiller le regard ?
 
Bref, que signifie tout cela ? Pourquoi ce tir croisé de galéjades ? Pourquoi la RPDC rend-elle fou ? Je ne peux répondre que de Paris : Il n’y a pas davantage de représentations de la Corée du Nord qu’il n’y en a du Sud. Ce n’est donc jamais de la Corée dont on parle. D’ailleurs, le droit de dire n’importe quoi n’est-il pas ouvertement revendiqué ? « Affabulations ? Aujourd’hui encore, malgré nos (je souligne) capacités de renseignement sophistiquées, la vérité nous échappe. Mais on ne prête qu’aux riches. » 197. PDB
Si l’on veut bien nous suivre pour considérer la Corée dans ses fables, dans les représentations autour desquelles s’est établi un consensus, qui ne sont ni vraies ni fausses, qui sont vraies et fausses, on se doit de constater que nous n’avons rien de spécifique pour dire la Corée. La nature ayant horreur du vide représentatif, ce que nous ne savons pas, nous le disons avec ce que nous avons sous la main, des représentations plus larges. Ici celles de l’Asie-Orient. Celles qui s’appliquent à cet ensemble variable selon les besoins du moment : Barbarie, danger, despotisme (oriental), fanatisme, fourberie, caché, incompréhension, orientalisme, mystère, erreur, grotesque, masque, face, contraire, travail, là-bas, autre, voyage, différent, passé, foule, sexe, volupté, retard, pauvreté, jeunesse, etc. Je renvoie à ma Corée dans ses Fables.
Utiliser les mêmes représentations qu’il y a 2 siècles pour un pays qui n’existait pas, cela ne devrait-il pas invalider d’emblée toute parole ?
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L’ouvrage RPDC, Voyage déconseillé dans un pays déraisonnable sera publié dans son intégralité dans le prochain volume papier de Tangun. 
 

Bibliographie
les textes nord-coréens accessibles en langues étrangères ne sont pas à recommander sans connaissance préalable du pays et de sa parole.

Amstrong Charles, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, 2003, Ithaca
Baek Nam Ryong, Des amis, roman nord-coréen, Actes Sud, 2011
Buzo Adrian, The Guerilla dynasty, Politics and Leadership in North Korea, Allen and Unwin, 1999
Cumings Bruce, North Korea, Another Country, The new Press, 2004, New York
Demick Barbara, Nothing to Envy (Vies ordinaires en Corée du Nord), Albin Michel, 2010, Paris
Em Henry, Surmonter la division, les nouvelles techniques narratives de l’historiographie coréenne, revue tan’gun (revuetangun.com)
Frank Rüdiger, Korea and East Asia, Brill, 2012, Leiden
Henderson Gregory, The Politics of the Vortex, Harvard University Press, 1968, Cambridge
Hong Ihk-pyo, A Shift towards Capitalism? Recent economic Reforms in North Korea, Est Asian Review, hiver 2002
Kim Suzy, Everyday Life in the North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, 2013
Lankov Andrei, From Stalin to Kim Il Sung: The Formation of North Korea, Hurst, 2002, London
Maurus Patrick, La Corée dans ses Fables, Actes Sud, 2010, Arles
Myers Bryan, The cleanest Race (mal traduit en : La Race des purs), Saint-Simon, 2011, Paris
Pons Philippe, Corée du Nord, L’État guérilla, Gallimard, 2016
Quennedey Benoit, L’économie de la Corée du Nord, Les Indes savantes, 2013
Rire de treize personnes, anthologie de nouvelles nord-coréennes contemporaines, traduites par Benoit Berthelier, Ki Kyong Sik et Patrick Maurus, Actes Sud, 2016

Documentaire
François Pierre-Olivier, Corée, L’impossible réunification, 2×52′, Alégria Production, 2013

Sites de presse d’ici et d’ailleurs

  1. NK News – North Korea News, Analysis, Data & Opinion
  2. Choson Exchange
  3. North Korea Tech
  4. 38 North: Informed Analysis of North Korea (site aux analyses très équilibrées, plus faibles quant aux réalités quotidiennes ; les articles de Rüdiger Frank sont particulièrement motivants)
  5. TASS Russian News Agency
  6. Sputnik News : Corée du Nord
  7. The Big Story : Eric Talmadge
  8. The Guardian
  9. Le Courrier de Russie : Corée du Nord

Sites politiques

  1. U.S. Department of State: North Korea (discours américain sur la Corée du Nord)
  2. Liberty in North Korea (site sur les réfugiés)
  3. Oxford Reference: North Korea
  4. Human Rights Watch: North Korea (droits de l’homme)
  5. Arms Control Association: Chronology of U.S.-North Korea Nuclear and Missile Diplomacy
  6. Korean Central News Agency (nord-coréen)
  7. Official Webpage of the DPR of Korea (nord-coréen)
  8. Triangle Génération Humanitaire : Corée du Nord

Sites variés

  1. Kim Jong Il looking at things

Articles

  1. Faut-il vraiment s’inquiéter des essais nucléaires nord-coréens ?
  2. Corée du Nord : pourquoi est-ce si difficile d’obtenir des informations fiables ?
  3. Korea Analysis : en direct de Corée
  4. Corée du Nord : épouvantail nucléaire ou vraie menace ?
  5. Kim Hyun Joon: There is huge difference between DPRK and Iran.

Sites et blogs

  1. Koryo Tours
  2. Revue Tan’gun
  3. The North Korea Blog

Table

Avant-dire
ch.1 Comment peut-on être nord-coréen
ch.2 L’hypothèse du médaillon
ch.3 Un pays immobile qui change tout le temps
ch.4 Comment on peut être nord-coréen
Pour finir
Bibliographie, avec Laetitia Jeanpierre-Berraud

Patrick MAURUS, professeur émérite à l'INALCO-Langues'O (section coréenne) et professeur invité à l'Université Kim Il-Sung de Pyongyang. Co-fondateur du CRIC et de la revue tan'gun, ainsi que de la collection Lettres coréennes chez Actes Sud. Enseigne à l'Ecole de traduction littéraire du CNL. Traduit les littératures des trois Corées. Auteur entre autres de 'Les Bouddhas de l'Avenir', 'Passeport pour Séoul', 'La Corée dans ses Fables'. Prépare RPDC, 'Voyage déconseillé dans un pays déraisonnable', 'Les trois Corées', 'A l'aller ça monte, au retour ça monte aussi'.

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