Développement urbain et loisirs à Pyongyang – Partie 3

Ce billet est le second d’une série de trois articles sur les loisirs à Pyongyang, en Corée du Nord. Cette recherche est le résultat d’un long et minutieux travail d’enquête sur le terrain effectué en 2016 et 2019 dans le cadre d’un master d’études asiatiques àl’EHESS, sous la direction de Valérie Gelézeau. Par conséquent, sauf mention contraire, l’ensemble des données présentées appartiennent à l’auteure. Toute personne diffusant et/ou utilisant les données sans son accord préalable s’expose à des poursuites judiciaires.

© Manon Prud’homme — août 2019 — Tableau du spectacle de masse représentant le delphinarium, le complexe aquatique Munsu, la patinoire extérieure
Entre propagande et promotion

Le développement des parcs de loisirs à Pyongyang s’accompagne par de vastes campagnes de promotion qui émanent du gouvernement central nord-coréen. Symboles de la reprise économique du pays, les parcs de loisirs occupent une place importante dans l’appareil de propagande nord-coréenne. Dans le cas de la Corée du Nord, on peut aisément se demander si ces parcs de loisirs sont relayés dans l’unique but de légitimer le pouvoir en place et les politiques de Kim Jong Un en matière d’amélioration et de modernisation de l’espace urbain. Or, se contenter d’annoncer qu’il s’agit simplement de propagande n’est pas suffisant. Dans le cadre d’une recherche sur la Corée du Nord, où il est encore difficile de mener des enquêtes, analyser la promotion de ces espaces à travers la presse nord-coréenne, se révèle intéressant.

Une importance notable est donnée aux nouveaux aménagements urbains de Pyongyang à travers les organes de propagande. Nous constatons que ces nouveaux aménagements, les nouveaux quartiers résidentiels, mais également les nouveaux parcs de loisirs sont promus dans les journaux nationaux. Une analyse de 242 titres d’articles mentionnant au minimum un parc de loisirs de Pyongyang, publiés par la Korean Central News Agency (KCNA) entre 1998 et 2019 nous montre plusieurs choses.

Titres de la KCNA mentionnant les parcs de loisirs de Pyongyang entre 1998 et 2019 – ©Manon Prud’homme

D’abord, le parc zoologique est le parc de loisirs de Pyongyang le plus mentionné dans les titres de la KCNA avec une hausse élevée en 2016 à l’occasion de sa réouverture après de grands travaux de rénovation. Les parcs de loisirs construits avant l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un occupent une place moindre dans les titres d’articles, voire ne sont jamais mentionnés comme la patinoire. Les nouveaux parcs de loisirs ouverts depuis l’arrivée de Kim Jong Un occupent une place conséquente puisque le cumul des titres mentionnant la patinoire extérieure, le parc de loisirs de Rungna, le complexe aquatique de Rungna, le delphinarium, le complexe aquatique de Munsu, le centre équestre de Mirim et le musée de la nature, s’élève à 114 titres sur un total de 242 ; soit presque la moitié des titres analysés. Le nombre total de titres par année depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un est en nette hausse avec 188 titres mentionnant les parcs de loisirs. En comparaison, entre 1998 et 2011, 54 titres ont mentionné les parcs de loisirs de Pyongyang. Les résultats de cette analyse par la presse montrent que depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un et la construction des nouveaux parcs de loisirs à Pyongyang, une stratégie de communication s’est mise en place pour assurer la promotion de ces différents espaces par le régime nord-coréen.

En ce qui concerne l’évolution dans le temps, l’analyse montre que les titres de la KCNA mentionnant au minimum un parc de loisir sont plutôt faibles jusqu’en 2011. Entre 1998 et 2010, le nombre n’excède 10 titres par année. Il y a toutefois une nette augmentation du nombre de titres à partir de l’année 2011 ; passant de 3 en 2010 à 11 en 2011, ce qui correspond au début des grands travaux de réaménagement à Pyongyang initiés par Kim Jong Il, et repris par Kim Jong Un.

L’augmentation se poursuit en 2012 avec 28 titres mentionnant les parcs de loisirs. Cette année correspond à l’inauguration du parc de loisirs de Rungna, le premier parc de loisirs que Kim Jong Un a inauguré, mais également à l’ouverture de la patinoire extérieure et à la rénovation des parcs d’attractions de Mangyongdae et Taesongsan. Le parc d’attractions de Rungna et le mini-golf ne sont pas mentionnés dans les titres de manière indépendante, mais le sont sous l’appellation plus générale du « parc de loisirs de Rungna ».

En 2013 on assiste à une nouvelle augmentation du nombre de titres passant de 28 à 40. Parmi ces 40 titres, 36 d’entre eux sont consacrés au complexe aquatique de Munsu (22 titres) et au centre équestre de Mirim (14 titres). Ce n’est qu’à partir de 2014 que l’on observe un début de baisse avec 22 titres consacrés aux parcs de loisirs avec un nombre égal de titres mentionnant le complexe aquatique de Rungna et le centre équestre de Mirim (5 titres).

2014 correspond inévitablement avec une hausse significative des lancées de missiles nord-coréens et par conséquent, d’un regain de tension entre le pays et la communauté internationale. La Corée du Nord tire au total 16 missiles balistiques de courte portée et 2 missiles balistiques de portée moyenne durant l’année 2014. Comparativement, en 2013, 8 missiles balistiques de courte portée et un essai nucléaire ont été effectués. Cette baisse s’explique donc par un probable accaparement des titres de la KCNA pour les nombreux tirs de missiles en 2014.

L’année suivante, cette baisse se poursuit et elle devient encore plus significative puisque seulement 9 titres mentionnent les parcs de loisirs. Ce nombre, qui est le plus bas de l’ère Kim Jong Un, s’explique également par le nombre de tirs de missiles effectués cette année-ci. Les tirs ont été plus variés avec 11 tirs de missiles balistiques de courte portée, 4 tirs de missiles de croisière et de 3 tirs de missiles mer-sol balistiques stratégiques.

L’année 2016 correspond à une nouvelle hausse avec 32 titres dont 14 dédiés à la rénovation du parc zoologique et 11 à l’ouverture du musée de la nature qui sont actuellement les deux derniers parcs de loisirs de Pyongyang ayant été ouverts par Kim Jong Un depuis sont arrivée au pouvoir. Cette année-là est également une année forte dans le domaine de la défense en Corée du Nord avec 5 tirs de missiles balistiques de courte portée, 5 tirs de missiles balistiques de moyenne portée, 3 tirs de missiles mer-sol balistiques stratégiques, 8 tirs de missiles balistiques de moyenne portée type BM-25 Musudan, 1 envoi de satellite et enfin 2 essais nucléaires.

En 2017, les tensions sont à leur comble avec l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de Donald Trump correspondant à une nouvelle augmentation des tirs de missiles nord-coréens et d’un nouvel essai nucléaire. Cette année-là correspond également à la destitution de la présidente Park Geun-hye en Corée du Sud et l’arrivée de Moon Jae-in à la tête du pays. On observe une baisse de plus de moitié du nombre de titre faisant mention de parcs de loisirs. 13 titres ont été comptabilisés dont 5 pour le parc zoologique.

En 2018, on remarque une légère hausse passant à 19 titres. Cette année est sur le plan diplomatique particulièrement riche pour la Corée du Nord et à ce titre, aucun tir de missile ou essai nucléaire n’a été effectué. Au début de l’année, Kim Jong Un annonce la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang en Corée du Sud. Il rencontre également Xi Jinping à Pékin en mars et Moon Jae-In à l’occasion d’un sommet intercoréen historique en avril 2018. Puis en juin est organisé le premier sommet encore Kim Jong Un et Donald Trump à Singapour.

Enfin, en 2019, la hausse du nombre de titres mentionnant les parcs de loisir continue avec un total de 25, dont 11 titres consacrés au parc zoologique de Pyongyang.

Au fil des époques, les parcs de loisirs ont occupé une place plus importante dans presse. Une analyse des termes récurrents dans les titres montre que les leaders sont parfois mis en avant et présentés comme les agents de la transformation urbaine de Pyongyang. Les parcs de loisirs de Pyongyang font partie intégrante du politique. À titre d’exemple, Kim Jong Il est cité dans 5 titres, tandis que Kim Jong Un est six fois plus présent avec 30 titres le mentionnant. Néanmoins, un nombre signifiant de titres fait référence au jeu et l’amusement de la population au sein de ces parcs. Les parcs de loisirs de Pyongyang sont mis en avant par les différents canaux de communication du régime nord-coréen, ils sont intégrés et mis au même niveau que les grands projets d’aménagement urbain. Symboles du renouvellement urbain de Pyongyang, leur importance croissante dans la presse montre également une volonté politique de démocratiser les nouveaux espaces urbains.

La mode des loisirs

Il est communément admis que les parcs de loisirs à Pyongyang sont réservés à une élite politique et intellectuelle. Les citoyens issus de classe plus modestes seraient privés d’un accès à des lieux de consommation (grands magasins, restaurants) et de loisirs. Les récits touristiques nous décrivent des scènes irréalistes, comparant « rares » visiteurs des parcs à des acteurs de théâtre. Les espaces de loisirs de la capitale nord-coréenne seraient des échappatoires, un moment de répit dans la vie morose des Nord-Coréens. Mais n’est-ce pas le but premier d’un parc de loisirs ? Le loisir est caractéristique des sociétés post-industrielles dans lequel le temps travaillé se distingue du temps non travaillé/de loisir, mais où les deux temps restent profondément liés, comme le rappelle Henri Lefebvre. Pyongyang n’échappe pas à la règle. Ces lieux sont évidemment une parenthèse, un temps à part, dédié au bien-être et au relâchement. Comme Pyongyang n’est pas une exception, il n’est pas ridicule de dire que des tendances se distinguent en matière de loisirs.

En période estivale, les parcs aquatiques sont les lieux les plus sollicités. L’été à Pyongyang est particulièrement chaud et les piscines sont souvent prisent d’assaut. Les parcs aquatiques ne sont pas nouveaux. Le premier remonte à 1982, avec la construction du parc d’attractions de Mangyongdae, en périphérie de la ville. Néanmoins, l’arrivée de parcs aquatiques en centre-ville est une petite révolution en soi. Depuis la construction de parc aquatique de Rungna en 2012 et le parc aquatique de Munsu en 2013, on assiste à un réel engouement. Le parc de Mangyongdae, considéré comme trop éloigné et mal desservi, malgré la ligne de tramway existante, se voit vidé de ses visiteurs. Ajoutons à cela le fait que le parc aquatique de Mangyongdae n’ait jamais été réellement amélioré, si ce n’est quelques travaux de réaménagement en 2012. La facilité d’accès, mais également les nouveautés en matière d’attractions provoquent un effet de mode et donc, une forte fréquentation, malgré un prix d’entrée élevé pour un Nord-Coréen de la classe moyenne.

Pyongyang s’amuse (12min. 29) © Pierre-Olivier François/Patrick Maurus/Alegria Films — Image: Mathieu Pansard/Pierre-Olivier François – Extérieur du complexe aquatique de Munsu

Le reste de l’année, les Nord-Coréens vont préférés des lieux comme le bowling, ouvert en 1994. Pourtant l’un des rares lieux à ne pas avoir subi de grands travaux de réaménagement, le bowling reste un endroit apprécié par la jeune génération. On s’y retrouve entre amis, entre collègues ou en famille. D’autres équipements y sont présents comme des billards, une salle d’arcade ou encore un restaurant.

Mais s’il y a un parc d’attractions qui ne désemplit pas au fil des années, c’est bien celui de Kaeson. Le parc est situé au cœur de la ville, en bordure du parc Moranbong, lui aussi prisé par les citadins le dimanche. Le parc d’attractions de Kaeson (traduit littéralement par « parc de la jeunesse de Kaeson ») est réputé pour être ouvert jusqu’à minuit. Il attire des centaines de visiteurs et offre une gamme variée d’attractions. Le parc a été amélioré au fil du temps et surtout, ses prix demeurent relativement peu élevés, permettant aux familles de s’y rendre plus souvent.

© Manon Prud’homme — août 2019 — Parc d’attractions de Kaeson de nuit

On retrouve ce même phénomène au parc zoologique, l’un des premiers espaces dédié à une pratique du loisir à Pyongyang. Les grands travaux en 2016 ont permis de remettre au goût du jour cet endroit, dévasté pendant la famine. La construction du musée de la nature, adjacent au zoo et accessible depuis l’intérieur de celui-ci est devenu un lieu à la fois à visée éducative mais extrêmement ludique.

La construction des parcs de loisirs répond aux besoins de la population. Pendant longtemps, il a été permis de dire que ces espaces, payants, étaient réservés à une petite élite politique et intellectuelle. Seulement, la fréquentation des parcs montre que ce n’est plus le cas. La haute fréquentation des parcs coïncide avec l’émergence d’une nouvelle génération de Nord-Coréens. Cette génération, surnommée la génération jangmadang, en référence aux marchés qui sont apparus au début des années 2000, serait plus enclin à consommer. Elle serait également plus consciente des nouvelles hiérarchies sociales apparues au début des années 2000. Ces changements sociaux sont expliqués dans un rapport publié en décembre 2018 par l’Institut pour l’unification nationale dirigé par Park Young-Ja. L’ouvrage met en avant le chemin vers la construction d’un État civilisé et le plein essor du désir individuel. Il souligne le développement croissant du nombre d’espaces dédiés aux loisirs à Pyongyang et plus largement en Corée du Nord, mais également l’envie croissante de la nouvelle génération nord-coréenne de s’enrichir et posséder davantage de biens matériaux. Certains parcs sont délaissés par les habitants, probablement en raison de leur vétusté, leur manque de modernité ou de leur difficulté d’accès. Ce phénomène montre qu’en matière de loisirs, des tendances et des envies se dégagent.

Classe-moyenne nord-coréenne consumériste

Depuis la fin de la crise et le début des années 2000, les signes extérieurs de richesse sont devenus un moyen de se démarquer et de montrer plus nettement l’appartenance sociale de chacun. Vêtements, accessoires, maquillage, téléphones, l’ensemble de ces objets constituent aujourd’hui, comme dans nos sociétés capitalistes, une marque d’appartenance. Là encore, la Corée du Nord ne fait pas exception. S’il est vrai qu’habiter Pyongyang reste réservé aux citoyens les plus méritants, il est clair que certains quartiers de Pyongyang sont habités par des catégories plus ou moins aisées. Après la famine, il y a eu un changement des pratiques, entraînant, surtout chez la jeune génération nord-coréenne, une tendance à se déculpabiliser d’avoir envie de posséder des biens matériels. Il n’est plus rare de voir des marques occidentales à Pyongyang -bien que celles-ci soient en majorité des contrefaçons importées de Chine. Les films Disney sont en vente libre dans les magasins où l’on achète ses applications de téléphone. Le régime lui-même a confirmé cette volonté de développer l’économie intérieure du pays à travers un processus soutenu de réaménagement urbain d’abord apparu à Pyongyang puis élargi à d’autres villes nord-coréennes. Cette multiplication des espaces dédiés aux loisirs est également le symbole de la politique du byungjin (병진, pyŏngjin) lancée en 2013 par Kim Jong Un. Littéralement ce terme se traduit par le fait d’avancer côte à côte ensemble. Ce nouveau cap politique diffère de celui lancé par son père, Kim Jong Il, qui consistait à mettre l’armée au premier plan.

© Manon Prud’homme — août 2019 — Stands de boissons et de snacks au parc zoologique

Dans les parcs de loisirs, des stratégies commerciales ont été mises en place et implanter dans l’ensemble des parcs de la ville. Au delà du simple droit d’entrée dont chaque visiteur doit s’acquitter, des dépenses facultatives s’ajoutent. Parmi eux, les points de restauration, présents dans presque tous les parcs de loisirs de la ville. Ils se présentent ou bien sous forme de restaurants proposant des spécialités culinaires (fritures, raviolis, hamburgers etc), comme au parc d’attractions de Kaeson, ou sous la forme de stands, semblables à ceux qu’on trouve dans les rues de Pyongyang, proposant des boissons et des snacks. Dans le parc aquatique de Munsu, une franchise a été implantée. Un restaurant ouvert dans le quartier de l’avenue Changjon, propose ses spécialités dans le parc aquatique. Une question demeure pour le moment sans réponse : qui gère ces espaces ? À première vue et selon les observations menées sur le terrain, les points de restauration ne seraient pas entièrement -ou pas automatiquement- gérés par les employés des parcs. Les stands de snacks et de boissons, majoritairement gérés par des femmes d’un certain âge, laisse penser que ces espaces pourraient être loués/prêtés/mis à disposition des vendeuses pour y faire du commerce. Ces dernières se distinguent aisément des employés des parcs, qui, pour la plupart, portent un uniforme. Une étude plus approfondie sur les acteurs des parcs de loisirs de Pyongyang serait la bienvenue!

La multiplication des points de restauration est un phénomène marquant pour la Corée du Nord, qui garde encore des souvenirs vifs de la période de famine des années 1990. La stratégie d’implantation des différents points de restauration dans les parcs de loisirs est un message politique fort du régime qui affirme sa capacité à subvenir aux besoins alimentaires de la population. Il ne s’agit pas seulement de manger à l’heure des repas, mais de pouvoir manger quand on le souhaite.

Parallèlement, on assiste également à l’implantation de boutiques de souvenirs. Bouées gonflables et maillots de bain au parc aquatique de Munsu, peluches d’animaux au musée de la nature, DVD du spectacle au delphinarium, l’achat de souvenirs et de bien culturels devient une pratique de plus en plus courante. Cette consommation de bien culturels ciblés est un phénomène qui a été observé à à Disneyland. Dans le cas de la Corée du Nord, on observe le même processus et cette même volonté de vouloir vendre des produits « Made in D.P.R. Korea » aux visiteurs étrangers, mais également aux visiteurs nord-coréens. Cette production de biens et leur vente dans les parcs de loisirs permettent également de montrer la capacité du régime à produire des biens matériels de toutes sortes. Le but de ces parcs n’est pas seulement récréatif, elle est aussi commerciale. Ces nouvelles stratégies commerciales correspondent également avec l’émergence de la classe moyenne nord-coréenne dont le pouvoir d’achat est plus important.


Depuis une dizaine d’années, le gouvernement nord-coréen s’attache à réformer et redynamiser son économie malgré le contexte de sanctions globales et des tensions régionales intempestives. À l’image d’un pays en voie de développement, les choses évoluent rapidement en Corée du Nord et il est certain que l’État central cherche un moyen d’insérer le pays dans une dynamique régionale plus globale en adoptant, à sa manière, les codes et les usages des pays voisins insérés dans l’économie de marché. Les formes et les fonctions des parcs de loisirs ont changé au fil des époques, au même titre que la ville elle-même. Même si Pyongyang reste exceptionnelle à l’échelle du pays, les grands projets de développement urbain ne se limitent plus à la capitale. Une chose est sûre, les parcs de loisirs en Corée du Nord ne sont pas tels que nous les avons imaginé. Ils s’avèrent être non seulement des indicateurs de la situation économique du pays, mais également révélateurs du bouleversement des pratiques sociales héritées de la période suivant la famine. La société nord-coréenne est loin d’être figée dans une période stalinienne, largement fantasmée dans les sociétés occidentales.

Manon Prud’homme

Développement urbain et loisirs à Pyongyang – Partie 1
Développement urbain et loisirs à Pyongyang – Partie 2

Références
– CHOI, Kimburley, 2012, « Disneyfication and Localisation: The Cultural Globalisation Process of Hong Kong Disneyland », Urban Studies, février 2012, vol. 49, n° 2, p.
– CSIS Missile Defense Project, Missiles of North Korea
– FRANÇOIS, Pierre-Olivier (réalisateur), MAURUS, Patrick (réalisateur), Pyongyang S’amuse, Alegria Production — Arte France — 2019, 52 minutes
– LEFEBVRE, Henri, Critique de la vie quotidienne I : Introduction, Paris : l’Arche, 1977 (1958), 271 pages
– PARK, Young-Ja, et al. Eight Changes in North Korean Economy and Society under the Kim Jong Un Regime, Korea Institute for National Unification, 2018, 111 pages