RPDC, voyage déconseillé dans un pays déraisonnable

Avant-dire

Le temps ne fait rien à l’affaire, il est toujours aussi difficile de parler de la Corée du Nord. D’en parler tout court. Car la messe est dite, le pays est irrécupérable. Les rares spécialistes sont acculés dans leur coin, inaudibles, invisibles, sinon suspects. Une vie passée à apprendre cette langue et d’autres, à creuser leurs recherches, à comparer leurs résultats, ce n’est rien face au Niagara de certitudes que la presse assène (il faut ici, hélas, généraliser). S’ils ont pourtant acquitté leur droit d’entrée, comme disait Bourdieu, d’un coût ô combien élevé, il ne leur est même pas permis d’accomplir leur devoir de sortie, comme disait le même Bourdieu, de rendre à la collectivité ce qu’elle leur a permis de faire, c’est-à-dire, justement, des recherches. Non, car tout le monde semble savoir à l’avance ce qu’est la RPDC. Ubu, Orwell, paranoïa, schizophrénie, goulag, dynastie rouge, leader poupin qui regarde des films et souffre de sa petite taille, et son fils aussi rond et si bizarrement coiffé, tout ce qui mène naturellement (= médiatiquement) à l’immense danger que ferait courir l’arsenal nucléaire de ce pays sur le reste du monde apeuré, désarmé et innocent. Ceux qui bégayent ce discours ont-ils tous conscience qu’ils font du George Bush dans le texte, celui dont on sait ce qu’il a fait de tous les régimes qui ont baissé leur garde ?
 

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Une seule et unique question reste encore insoluble – 여전히 대답되고 있지 않은 단 하나의 질문

Par Choe Jeong U 襤魂 최정우

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Il y avait toujours une seule et unique question, je crois, mais pour elle, il y avait presque toujours plusieurs réponses, je crois. Et je crois aussi que c’était très bon s’il n’y avait même qu’une seule réponse, quelle qu’elle soit, mais, dans la plupart des cas, il n’y avait aucune réponse pour cette vraie question unique.

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Le Sewol, deux ans après

 

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Le 16 avril 2014, le ferry Sewol, qui conduit dans l’île paradisiaque de Cheju vacanciers et lycéens, sombre en vue de la côte. La fuite du capitaine, l’impéritie des secours, les mensonges des officiels, la veulerie des journalistes, le suicide du propriétaire ont alimenté le scandale, sans que la vision des quelques trois cents cercueils parvienne à s’effacer du souvenir de toute la population. La Corée est depuis comme sonnée, à la recherche de réponses, mais sans réussir à formuler ce que chacun ressent pourtant et qui transcende largement les multiples et réels scandales : En restant à bord, en obéissant sagement à l’ordre qui leur était donné, les petites victimes ont tout simplement réagi comme la société le leur demande en toute occasion. Cette obéissance, cette cohésion, n’est-ce pas là justement ce dont la même société faisait des valeurs essentielles ? N’est-ce pas là justement ce dont elle s’enorgueillissait et ce qui expliquait ce qu’elle voulait voir comme son miracle ?

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