Miryang, histoire d’insectes – 벌레 이야기

Yi Ch’ôngjun

Texte revu et retouché en avril 2007, à l’occasion de son adaptation au cinéma par Yi Changdong sous le titre Miryang.
Traduction Yang Jung-hee et Patrick Maurus


 

벌레이야기

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Même lorsqu’il fut confirmé que la fugue soudaine d’Aram était en fait un enlèvement, ma femme trouva assez de force pour tenir le coup. Grâce, peut-être, à l’espoir ardent que l’enfant pouvait encore revenir sain et sauf et à sa volonté inflexible de retrouver le salaud par tous les moyens, avant que n’arrive un malheur définitif au gamin,
Début mai de l’an dernier. Un jour, l’heure de la sortie de l’école passée depuis longtemps, Aram n’était toujours pas rentré.

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Le Fauconnier – 매잡이

[:fr]

yi ch’ôngjun

Traduction :  Kim Jeong-sook et Alii

 


min T’aejun, qui nous a quitté brusquement au printemps dernier, est parti en nous laissant une trace de son existence en ce monde. Ceux qui savent le savent déjà, c’étaient quelques cahiers d’étudiant, bon marché et remplis de notes. Il possédait de la terre, quelques rizières dans les environs de son village natal et n’avait pas le comportement de quelqu’un de pauvre, alors nous pensions qu’il resterait au moins quelques vêtements à liquider, mais, en réalité, tel n’a pas été le cas. Mais, à l’heure de sa mort, Min n’était pas non plus misérable au point de ne laisser que ces cahiers. Ses proches supposaient surtout que Min, toujours pas marié à trente quatre ans, avait senti venir sa fin, et que cette fin avait été peut-être préparée longtemps à l’avance pour lui permettre de mettre de l’ordre dans ses affaires. En effet, ils affirmaient que ces cahiers étaient l’unique objet dont le défunt souhaitait la survie après son départ .

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Tombeau pour Yi Ch’ôngjun – 이청준을 위한 무덤

1939-2008 (Texte légèrement remanié de la préface de Les Portes du Temps, Actes Sud, 2011)

Par Patrick Maurus.

Il serait passablement ridicule de jouer au petit jeu très américain du “meilleur écrivain coréen”, ce petit jeu auquel joue chaque année le nationalisme local lorsqu’il s’agit pour lui de “désigner” un candidat au Nobel ! Merci à lui, en tout cas, d’avoir toujours oublié Yi Ch’ôngjun, que cela amusait beaucoup. L’hommage du vice à la vertu, en quelque sorte.
Il est plus simple, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, de le présenter non seulement comme un écrivain coréen, non seulement comme un écrivain marqué par son origine nationale, mais qui risquerait de l’assimiler à l’immense cohorte des nationalistes, mais avant tout comme un écrivain hanté par la coréité. Non qu’il y aurait là une supériorité ou un mystère d’une nature particulière, mais parce qu’en s’acharnant dans cette recherche, c’est à son identité d’écrivain qu’il en avait.

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