Voyage dans le parcours post-mortem : comment « l’au-delà » est devenu Coréen ? – Partie 1

Ce texte fait partie d’une série d’articles abordant la question de l’au-delà et de la mort en Corée. Cette recherche est le résultat de plusieurs travaux de terrain, de rencontres avec des professeurs et chercheurs Français, Coréens, Américains, Chinois et Taïwanais. L’ensemble des données et réflexions présentées ici sont partie prenantes d’un travail de recherche plus large mené au cours d’un cursus de Master et ont été consignées, présentées dans un mémoire de recherche de Master 2 défendu en 2017.  Par conséquent, sauf mention contraire, l’ensemble des données présentées appartiennent à l’auteur. Des notes de bas de pages en fin d’articles citent les sources primaires et secondaires ayant servit à l’étude. Les images présentes dans les articles sont la propriété des institutions mentionnées et sont utilisées ici à titre de citations avec mentions légales. Toute personne diffusant et/ou utilisant les données sans accord préalable s’expose à des poursuites judiciaires.





Episode 1 : Une certaine idée du destin après la mort

Série de peintures verticales des Dix rois du monastère de T’ongdo (détail – première cour), 1798, encre et couleurs sur soie, 120.5x87cm, ©Tongdosa Sŏngbopangmulgwan
La longue évolution de la conception de l’au-delà en Chine

Il semble que dès la fin de la dynastie des Han (débuts du IIIe siècle) en Chine, alors que l’idée se répand que la longévité de la vie d’un individu est déterminée par ses actes, le taoïsme propose une vision d’un au-delà souterrain, où opère une bureaucratie divine, à l’image des bureaucraties terrestres et célestes. Cette bureaucratie souterraine est décrite avec précision dans le Livre de la Grande Paix 太平經 (chin. Taipingjing). Mais c’est avec le développement de l’école du Joyau sacré 靈寶 (chin. Lingbao), que l’idée d’une prison souterraine de l’au-delà 地獄 (chin. diyu ; cor. chiok) prenant place sous le mont Tai 泰山 (dans l’actuelle province du Shandong 山東) s’inscrit dans le paysage religieux chinois. Les textes sacrés du Lingbao introduisent l’idée de la nécessité du salut des défunts et insistent sur le ritualisme comme moyen salvateur pour éviter les mondes infernaux1. Le bouddhisme, qui arrive en Chine dans la seconde moitié du Ier siècle, n’est pas étranger à la notion d’une prison souterraine où résident les défunts ayant commis de mauvais actes au cours de leur précédente vie2. C’est cette notion de prison des êtres fautifs, le naraka, qui sera traduit par la suite par le terme de « prison souterraine » 地獄, commun à la fois au taoïsme et au bouddhisme3. Au Ve siècle, se diffuse dans la Chine des Six Dynasties 六朝 (220-589) l’idée de transfert des mérites 迴向, pariṇāmanā (chin. huixiang ; cor. hoehyang), c’est-à-dire le fait que des actes, comme les prières ou les offrandes, peuvent rapporter des bienfaits pour les personnes disparues4. De cette façon, les vivants sont impliqués dans le devenir des défunts dans l’au-delà.

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Voyage dans le parcours post-mortem : comment « l’au-delà » est devenu Coréen ? – Introduction

Ce texte fait partie d’une série d’articles abordant la question de l’au-delà et de la mort en Corée. Cette recherche est le résultat de plusieurs travaux de terrain, de rencontres avec des professeurs et chercheurs Français, Coréens, Américains, Chinois et Taïwanais. L’ensemble des données et réflexions présentées ici sont parties prenantes d’un travail de recherche plus large mené au cours d’un cursus de Master et ont été consignées, présentées dans un mémoire de recherche de Master 2 défendu en 2017. Par conséquent, sauf mention contraire, l’ensemble des données présentées appartiennent à l’auteur. Des notes de bas de pages en fin d’article citent les sources primaires et secondaires ayant servi à l’étude. Les images présentes dans les articles sont la propriété des institutions mentionnées et sont utilisées ici à titre de citations avec mentions légales. Toute personne diffusant et/ou utilisant les données sans accord préalable s’expose à des poursuites judiciaires.





Introduction

Huitième cours sombre (détail), 156.1×113, XIXe siècle, Musée National de Corée, Séoul

L’effroi du destin après la mort semble avoir traversé tous les peuples et toutes les cultures, aussi bien sur le plan géographique que temporel. Depuis le Jahannam de l’Islam représenté dans le Mi’râdj nâmeh « Le Livre de l’ascension du Prophète » (XVe siècle), jusqu’au Mictlan des Aztèques du Codex Borgia (1898), en passant par les enfers de la chrétienté que Jérôme Baschet a étudié dans ses Justices de l’au-delà (2014), le thème pictural de l’au-delà a toujours été un sujet de choix dans les arts religieux au cours des siècles et sur tous les continents. Ces images ont toujours eu pour objectif de laisser apparaître l’une des plus grandes questions de l’Humanité : qu’y a-t-il après la mort? À travers de nombreuses productions picturales, les humains ont cherché à répondre à leur peur, ou ont cherché à se faire peur. L’effroi de l’au-delà n’a pas fait exception en Corée. De multiples sources écrites et un corpus d’œuvres important, allant du Koryŏ 高麗 (dynastie des Wang 王, 918-1392) à la fin du Chosŏn 朝鮮 (dynastie des Yi 李, 1392-1910), prouvent l’importance que les Coréens ont toujours accordée au sujet de l’après-mort. La société coréenne ne semble pas avoir dérogé à une certaine peur de ces lieux et des conditions des défunts s’y trouvant. Les productions artistiques liées à ce thème pictural sont les résultats de circulations, d’échanges, et d’adaptation à des environnements esthétiques et culturels foncièrement locaux. 

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