Une société qui pousse à boire – 술 권하는 사회

Hyôn Chin’gôn

La présente traduction de Patrick Maurus est une révision de celle publiée dans Passeport pour Séoul, Actes Sud, 2002. L’original date de 1921.


« Aigu, aya. »
La femme qui faisait de la couture toute seule grimaça à peine et poussa un faible cri aigu. L’aiguille s’était plantée sous l’ongle de son pouce gauche. Son pouce trembla légèrement et un sang rouge prunus apparut sous l’ongle. Elle arracha rapidement l’aiguille et appuya sur la blessure avec son autre pouce. En même temps, du talon, elle repoussa son ouvrage. Après un moment, elle dégagea son pouce blessé. Il n’avait plus de couleur, comme si le saignement avait cessé. Alors, de sous la couche blanche un liquide épais jaillit à nouveau peu à peu. Une goutte de sang de la taille d’un grain de millet sortit, à peine visible, de la blessure. Il n’y avait plus qu’à presser à nouveau. Le saignement sembla se calmer, seulement pour recommencer quand la pression cessait.

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Le Vagabond de Dokhûng

Chông Ch’ang Yun

Traduit du coréen par Kim Kyoung Shik et Patrick Maurus.


La mine avait repris ses activités comme autrefois après la guerre et j’étais encore inspecteur du matériel. J’avais demandé mon transfert, fatigué des voyages interminables, mais je ne reçus pas la permission.

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L’esprit de Kanggye

[:fr] 

Avant-propos

Diplômé de l’Université Kim Il-Song, Lee Shin-Hyŏn fait ses débuts en littérature dans les années 1960 avec la nouvelle À pleine vitesse (Chŏnsongnyŏkŭro). Il publie par la suite plusieurs romans dont Battements(Kodongsori) en 1969, Le cours de la vie (Saeng-ŭi Hŭrŭm) en 1991 et L’esprit de Kanggye (Kanggye Chŏngsin) en 2002.
L’action de ce dernier se situe en 1997, durant la « Dure Marche » (Konan-ŭi Haenggun), cette période d’inondations et de famine qui coûta la vie à plusieurs centaines de milliers de nord-coréens. Sur les conseils de Kim Jong-Il, les habitants du Chagang – l’une des provinces les plus durement touchées par la catastrophe – vont construire par leurs propres moyens une série de petites centrales électriques afin de remplacer celles détruites par les eaux. Ce volontarisme et cette capacité à s’en sortir dans l’adversité constituent l’« Esprit de Kanggye » qui donne son titre au roman.

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