Une société qui pousse à boire – 술 권하는 사회

Hyôn Chin’gôn

La présente traduction de Patrick Maurus est une révision de celle publiée dans Passeport pour Séoul, Actes Sud, 2002. L’original date de 1921.


« Aigu, aya. »
La femme qui faisait de la couture toute seule grimaça à peine et poussa un faible cri aigu. L’aiguille s’était plantée sous l’ongle de son pouce gauche. Son pouce trembla légèrement et un sang rouge prunus apparut sous l’ongle. Elle arracha rapidement l’aiguille et appuya sur la blessure avec son autre pouce. En même temps, du talon, elle repoussa son ouvrage. Après un moment, elle dégagea son pouce blessé. Il n’avait plus de couleur, comme si le saignement avait cessé. Alors, de sous la couche blanche un liquide épais jaillit à nouveau peu à peu. Une goutte de sang de la taille d’un grain de millet sortit, à peine visible, de la blessure. Il n’y avait plus qu’à presser à nouveau. Le saignement sembla se calmer, seulement pour recommencer quand la pression cessait.

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Comment peut-on être Séoul(ite) ? 어떻게 서울 사람이 될 수 있는가?

par Alain DELISSEN

1 – Séoul/Paris : impasses et allers simples

Échange inégal : la Corée nous connaît mieux que nous ne la connaissons. On part ici d’une situation héritée, pleine d’explications banales, sans excuses d’être reconduite. En cette ère – autoproclamée intelligente – des savoirs hautement débités, cette posture de paresse fatiguée finira par avoir raison de nous.
L’examen attentif des autoroutes et embouteillages, chicanes et nids-de-poule, impasses et allers simples qui font la médiocre circulation du sens sur la voie Séoul-Paris tend plus souvent à situer au péage côté Seine que côté Han la responsabilité de ces carences – et certaine culpabilité récurrente.

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Le Confucianisme comme méta-récit 유교와 메타 담화

Le roman coréen nous avertit des précautions qu’il convient de prendre lorsqu’en littéraire on s’aventure en terres confucéennes. Il est ainsi possible de s’inspirer de la mésaventure du vieux Maître Yun, le pitoyable nouveau riche héros de t’aep’yông ch’ônha, La grande paix sous le ciel, le très humoristique roman de Ch’ae Mansik (1938). Soucieux d’honorabilité, ce Yun tente par tous les moyens d’obtenir le titre, la dénomination qui prouvera son honorabilité. Le plus court chemin consiste à acheter la direction d’une école confucéenne, hyanggyo. Lire la suite