Courtoisie à l’égard des hommes – 인간에 대한 예의

Par Kong Chiyông

Kong Chiyông, née en 1963 à Séoul, débute comme poète en 1985, puis obtient un succès considérable avec Va-t-en seul comme la corne d’un rhinocéros, 1993, en particulier grâce à sa façon directe de témoigner des renoncements d’une génération. Le poème cité dans le texte est de Yang Songgyu.

Traduction : Pierre Pionsat


 

Yi Minja était sans aucun doute une femme suffisamment attirante pour me faire comprendre les caprices du rédacteur en chef. Lorsque j’arrivai à l’endroit au sud de la province du Kyônggi où elle réside quand elle est en Corée, elle rentrait tout juste de sa promenade matinale. Elle faisait environ un mètre cinquante, ses cheveux étaient rassemblés en queue de cheval, et elle portait un pantalon de coton ivoire amidonné et un large sweater de laine aubergine. Elle était dans le jardin, parmi les fleurs sauvages. C’était cette période de printemps où personne ne peut prédire le temps. Une vague de chaleur était arrivée depuis quelques jours, comme au début de l’été, j’avais laissé ma veste au bureau sans réfléchir pour sortir travailler en chemisette, et lorsque je sortis de la voiture, un vent froid me saisit et ne me lâcha plus, on aurait dit que les lèvres des lilas violets à côté de la clôture pâlissaient. Même la lumière printanière dans le vallon juste derrière la maison, la lumière claire des saules pleureurs près de la clôture en bois, la blancheur éclatante des magnolias, les simples fleurs roses des cerisiers, tout semblait frissonner sans fin dans le vent froid. Mais, Yi Minja, malgré son corps minuscule, plus petit que les arbres devant lesquels elle nous accueillait, semblait robuste et pure, comme une fleur sauvage poussant seule dans le vent. L’impression qu’elle me donna, comment dire, fut unique et mystérieuse, comme si elle possédait un charme la protégeant du vent et du capricieux froid printanier, et la faisait paraître plus jeune que quarante-huit ans. Cette impression était peut-être due à la maison en tronc d’arbres dans laquelle elle nous reçut – le photographe et moi-même – une maison qui paraissait très originale et tout droit sortie d’un livre d’enfant. Son large plancher avait les teintes cuivrées que procurent des années de traitement à l’huile de sésame, un de ses tableaux était suspendu au-dessus de la cheminée. Il représentait une fillette de trois-quatre ans assise les jambes croisées sur un globe bleu. J’examinais ce tableau faute de mieux lorsque Yi Minja parut avec un thé au parfum extraordinaire. Un thé avec un goût légèrement amer comme s’il avait été fait avec des feuilles sauvages.

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